jeudi 8 novembre 2018

*24* Officier gestionnaire de l'ambulance 1/10 dans l'Aisne du 14 octobre au 20 novembre 1918.


Le 14 octobre 1918, à 6 h, l'ambulance 1/10 venant de Ham dans la Somme, faisait manœuvre avec l'ambulance 12/8 pour se porter à la ferme Le Fay dan l'Aisne, entre Lizerolles et Essigny-le-Grand.

Le médecin chef , victime de la grippe espagnole, restait à Ham. Le centre chirurgical fonctionnait avec Boulay et l'équipe Louvard – Andrieu ainsi que Mesdemoiselles Davin et Mazet, deux infirmières de l'ambulance 209.  Cette équipe avait rejoint l'ambulance 1/10 le 8 octobre quand elle se trouvait au centre de triage de Ham.

Ce 14 octobre, Laon était libéré.
.
Le 15 octobre, il y avait toujours des malades à la formation.

Du 17 au 20 octobre, c'était au tour des villes de Lille, Roubaix et Tourcoing d'être libérées. Lille comptait alors 120000 habitants. L'armée belge et française du Général Desgouttes avançait dans les Flandres, assurant la libération de Zeebrugge et de Bruges.

J'ai retrouvé ma carte d'identité d'officier des Armées Françaises du Nord et du Nord-est qui m'avait été délivrée le 20 octobre 1918, signée par Canac.


















Le 30 octobre, deux tentes Dickson étaient démontées pour être installées à Hauteville et le 3 novembre, nous quittions la Ferme le Fay en auto à 14h pour arriver à Marcy à 15h30. Là, rien n'était installé et le lieu manquait totalement de confort.





Le 1er novembre, je récupérais au Trésor ma solde et mes indemnités du mois d'octobre auprès de Monsieur Lacassagne, sous-intendant militaire. Cette notification était reportée sur mon livret de solde de l'année 1918.





Le 4 novembre, avait lieu une attaque sur le front de Guise. Le lendemain, Guise était libéré et les alliés avançaient jusqu'à 10 km à l'Est. Le 6 novembre, ils se trouvaient en avant de La Capelle.
L’Autriche avait accepté le 4 novembre toutes les conditions d'armistice et le 6 novembre, celles de l'Allemagne étaient faites. Les plénipotentiaires allemands avaient quitté Berlin  pour le Quartier Général français, afin de prendre connaissance de nos conditions.  A la veille d'être attaquée en Lorraine, l'armée allemande était épuisée.
Le 10 novembre, le Kaiser abdiquait et c'était la déchéance du Kronprinz Guillaume de Prusse.
Ce jour-là, l'ambulance 12/8 et le personnel médical de l'ambulance 1/10 se rendaient à Guise pour fonctionner à l'Hôtel Dieu de cette ville.

Le lundi 11 novembre 1918, l'armistice était signée et les hostilités cessaient à 11h. C'était une véritable capitulation. La situation générale avait été renversée à notre profit. La ligne Hindenburg avait été enfoncée.

Le lendemain, le 31ème Corps d'Armée quittait la Ière Armée. Le personnel médical de l'ambulance 1/10 quittait Guise pour retourner à Marcy où j'étais resté avec le peu d'infirmiers que comptait notre ambulance. Nous devions prendre le matériel laissé par les ambulances 12/8 et 10/18.

Le 14 novembre, les médecins Louis Maufrais , Baptiste Livrelli et Monsieur Baudonnet, avec quatre infirmiers se rendaient à Le Quesnoy pour assurer le service de la population civile. Ils quittaient Marcy à 7 h.

A mon tour, je quittais Marcy le 19 novembre à 9h pour Guise distant de 19 km, où j'arrivais à 15h. Je logeais au 28 rue de Villers, chez Monsieur Peltier, qui m'avait très bien accueilli.
Le lendemain, je partais de Guise à 8 h pour me rendre à La Capelle, situé à 24 km de Guise. J'y arrivais à 15h. Je logeais chez Monsieur et Madame Delvas, qui habitaient au 126 grande rue. C'était mon dernier jour dans l'Aisne.






*23* officier gestionnaire de l'ambulance 1/10 à Ham dans la Somme du 9 septembre au 13 octobre 1918.

Le mardi 10 septembre 1918, l'ambulance 1/10 quittait Roye sous une pluie battante, ayant reçu l'ordre de se transporter à Ham où elle arrivait à 15h. Elle s'installait à 200 mètres au Sud de la gare, sur la route de Noyon, dans une usine de caoutchouc.











Cette carte du front numéro 10 de Somme et Santerre restait dans ma poche. Elle pouvait encore me servir.












Le 11 septembre, nous installions trois baraques Bessonneau à la Ferme de la Folie, avec vingt hommes et le pharmacien Jourdain du GBC-le groupe de brancardiers de corps-ainsi qu' avec l'ambulance 14/8.

Le centre ouvrait le 12 septembre. L'ambulance 207, avec son médecin-chef Monsieur De Casteras  s'installait au château pour accueillir les petits malades.
Les ambulances 14/8 et 3/152 s'installaient à la Ferme de la Folie pour accueillir les gazés.

Le 13 septembre, le personnel officier de l'ambulance 12/8 excepté Monsieur Blondel, venait à Ham.
Monsieur Halep était évacué. Monsieur Pinat devenait le médecin-chef.
Grâce à l'aide de l'armée américaine commandée par le Général Pershing, la prise de Saint Mihiel et de Vigneulles avait été réalisée.

Le 14 septembre, Monsieur Casteras de l'ambulance 16/10 et Monsieur Dumoulin de l'ambulance 12/8 partaient en permission alors que Monsieur Blondel rejoignait le centre. J'allais à Nesle pour le courrier et je restais deux minutes à Muille.

A Ham, alors que l'entrée de la ville semblait avoir été respectée, la rive droite était complètement anéantie. Elle avait été systématiquement brûlée. 320 civils étaient présents pendant l'occupation de la ville. Ils avaient été envoyés à l'arrière, avant le départ de l'ennemi. 15 seulement qui avaient pu se dissimuler dans une cave, étaient restés en attendant l'arrivée des Français, le 7 septembre à 3h du matin. Le château fort où Napoléon avait été enfermé en 1848 était à peu près détruit. Tous les ponts étaient détruits et ce n'est que le 10 septembre à 21h qu'un véhicule avait pu enfin passer le canal de la Somme dans la ville.
Les avions venaient assez régulièrement, faisant quelques victimes surtout des chevaux.

Le 15 septembre, je me rendais au trésor public à Rethonvillers, en prenant la route de Nesle à Roye, pour le paiement du mandat de 50 francs par journée de bon à rendement impayé.

Le lendemain, la voie ferrée était rétablie jusqu'à Ham et le 18 septembre, des voies de garage étaient mises en place dans la gare pour les trains de ravitaillement.

Les Anglais faisaient une avancée au Nord de Saint-Quentin, et les Français au Sud.
L'armée d'Orient faisait une offensive et avançait de 15 km sur un front de 35 km.

Le 19 septembre, Monsieur Beaudonnet allait à Conty et Monsieur Mourier sous-secrétaire d'état au service de santé venait faire une inspection. Il était satisfait. Dans l'après-midi, nous avions la visite de  Monsieur Pouillaude qui nous manifestait aussi  sa satisfaction et nous faisait des compliments.

Le 22 septembre, le médecin Baptiste Livrelli rejoignait l'ambulance 1/10, venant de Jarville près de Nancy et le 24 septembre à 1h du matin, Henri Fay et Louis Maufrais rentraient de permission.
Pour la première fois, le ravitaillement pouvait se faire à Ham.

Notre front vers Saint-Quentin se stabilisait.
Les avions boches avaient d'ailleurs lancé des bombes, sans grand succès, puisque seul un annamite avait eu une jambe fracturée. Dans toute la région, il en était tombé une quinzaine dans un rayon de 200 mètres.

Le 29 septembre, Canac partait en permission et Monsieur Cabannes quittait l'ambulance 12/8 pour rejoindre l'autochir 17.
La 169ème division faisait une attaque au Sud de Saint-Quentin. Urvillers était pris malgré la résistance énergique de l'ennemi.
Les Belges et les Britanniques commandés par le Général Plumer attaquaient au Nord d'Ypres, s'emparaient de Dixmude et poussaient vers Roulers tandis que les Britanniques avançaient au Nord et au Sud de Cambrai. 
L'armistice était  signé à Thessalonique avec le royaume de Bulgarie, nous occupions ses voies ferrées.

Le 30 septembre, Roulers était menacé, Lille et Cambrai étaient débordés.
J'écrivais à Monsieur Viala au Pont-de-l'Arn que Monsieur Savy du 135ème régiment d'infanterie, marié avec une demoiselle Estrabaud du Pont-de-l'Arn était en traitement à Ham à l'ambulance 12/8. Il avait été trépané et allait aussi bien que possible. 

Des blessés en traitement


Le 1er octobre, Saint-Quentin était pris par les Français et le lendemain nous continuions partout de gagner du terrain malgré de vigoureuses offensives boches. On s'attendait à ce que l'ennemi se retire du côté de Guise.

Le 4 octobre, Lens et Armentières étaient abandonnés par l'ennemi, Lille était encerclé et Cambrai résistait toujours.

Le 5 octobre, le fort de Brimont et le massif de Moronvilliers étaient pris lors de la bataille de Saint-Thierry.

Le 12 octobre, le chirurgien Henri Fay était évacué, étant grippé.

Le 13 octobre, les tentes Dickson et tortoises étaient démontées et une ambulance divisionnaire commençait à s'installer à la ferme Le Fay entre Lizerolles et Essigny- le-grand. Nous devions nous préparer à quitter la Somme pour rejoindre cette ferme dans l'Aisne.


*22* officier gestionnaire de l'ambulance 1/10 à Plessier-Rozainvillers, puis à Roye, du 12 août au 9 septembre 1918

Le 12 août 1918, l'ambulance 1/10 quittait à 14h la colonie de Dury pour se rendre en 2 étapes à Plessier-Rozainvillers.
Les voitures devaient suivre la voie romaine passant par Hébécourt, Saint-Sauflieu, Oresmeaux et Jumel tandis que le détachement passait par Rumigny et Grattepanche  .
Nous arrivions à 18 h à Jumel et un dortoir était prévu dans la mairie.
Je profitais de cette étape pour aller voir mon frère René qui se trouvait tout près de là, à Ereuse proche d'Ailly-sur-Noye. Il venait passer la soirée à Jumel.

Le lendemain à 5h, nous partions de Jumel pour arriver à Plessier-Rozainvillers à 10h30.
L'ambulance se positionnait à 600 m du carrefour de la route de Hangest et de Mezières.
Rien n'était encore installé. Trente hommes du GBC 31-le groupe de brancardiers du 31ème corps- avaient à peine commencé à jalonner l’emplacement des baraques et des tentes.
Nous nous installions sous la tortoise et dans des tranchées.

Le 14 août, je me rendais à Rouvrel où se faisait le ravitaillement. Je me procurai au Génie des pioches, des pelles et des pointes. Je retournais de Rouvrel par Mailly-Raineval,la ferme de Genonville et le bois de Genonville. Il y avait des cadavres boches un peu partout, encore quelques Français, des carcasses et  des charognes de chevaux tout le long des routes.
Les communes d'Ailly-sur- Noye et Jumel avaient été fortement éprouvées par le marmitage et surtout par le pillage français.




Moreuil, Morisel, Mailly, Braches et Plessier étaient complètement détruits.






Le 15 août, le centre commençait à prendre tournure. Quelques tentes Dickson et 5 tortoises étaient déjà installées. Monsieur le directeur du 31ème CA paraissait satisfait et Monsieur l'Inspecteur de la Ière armée nous  manifestait toute sa satisfaction. Par décision du 31 juillet, toutes les ambulances chirurgicales divisionnaires avaient été rattachées à une armée. L'ambulance 1/10 était ainsi rattachée à la Ière Armée et se trouvait à la disposition du 31ème Corps d'Armée.

Le 16 août, les travaux continuaient et tout devait être aménagé le lendemain. A 8h, nous avions des blessés et la liste de répartition pour le fonctionnement était faite.

Le 17 août,  on commençait à fonctionner avec en tout 46 hommes en subsistance, l'ambulance 12/8 et le GBC.
Il y eut un peu de tirage à l'amorçage avec quelques frictions entre les PC-ou postes de commandement-. Enfin, ça marchait et le soir nous commencions avec six hospitalisés et deux décès.
La relève du 31ème CA était prévue. Notre ligne se stabilisait dans la Somme et un séjour prolongé était envisagé à cet endroit .
Notre rattachement à la division des ambulances chirurgicales semblait être préconisé.

Une offensive diplomatique ennemie provoquait le mécontentement des dominions anglais.
Le déplacement de la Ière Armée était envisagé. Goyencourt était pris et Roye encerclé. Nous avions de lourdes pertes en tanks.

Le dimanche 18 août, notre attaque devant Roye n'avait pas donné le résultat attendu. Nous avions avancé vers Roye de 2km, atteint Villers-lès-Roye et le camp de César. Les tanks avaient soufferts et Roye n'avait pu être dégagée. Les Anglais, malgré la résistance de l'ennemi, avançaient sur la rive droite de la Somme.

Du 19 au jeudi 22 août, nous recevions une moyenne de 175 blessés par jour dans notre centre de triage, 12 environ avaient été hospitalisés, 7 étaient morts des suites de leurs blessures.

Le 23 août, j'allais à Beauvais faire quelques achats pour l'ambulance. Je partais avec Monsieur Lancey à 4h du matin et retournais avec Monsieur Bressot, adjoint du directeur du service de santé.
Lassigny était pris par nos troupes. L'Armée de Mangin et la IIIème Armée du général Humbert avançaient au Sud-Est de Noyon jusqu'à la Divette.

Le 25 août, l'aviateur Alphonse Cussac de l'escadrille 44 faisait une chute au retour d'une mission sur le terrain d' Hangest-en-Santerre. Lors de cette mission, il était observateur à bord d'un Breguet 14 A2. Son escadrille était rattachée au 31ème Corps d'Armée. Il était mort de ses blessures dans notre centre.   

Le lendemain, de durs combats aboutirent à la prise  d'Andechy et de Villers-lès-Roye. Les 112ème et 173ème régiments de la 126ème division d'infanterie prenaient Fresnoy-lès-Roye.

Le 27 août, Roye tombait entre nos mains après une résistance acharnée.

Le 28 août, les passages diminuaient. Nous avancions et prenions Nesle et, en certains points, nous atteignions la Somme.

Le 29 août, les Anglais entouraient Péronne, Mont Saint-Quentin était pris, ainsi que Biaches et La Maisonnette.

Le 30 août, c'était la chute de Péronne. L'armée du Général Mangin avançait à l'Est de Noyon.

Le 1er septembre 1918, l' ordre de prendre au château de Rumigny du matériel et de le porter à Davenescourt à l'ambulance 14/8, nous parvenait de la direction du Service de Santé. Nous devions le lendemain faire mouvement pour nous installer à Roye.

Le lundi 2 septembre 1918, l'ambulance 1/10 se portait à Roye pour installer le Centre Hospitalier, à 500 m au Sud d'une sucrerie. Les tentes étaient  transportées par camionnette depuis Plessier-Rozainvillers et montées à Roye.

Le lendemain, je prenais en subsistance les brancardiers du 31ème Corps d'Armée qui coopéraient au montage.

Le 4 septembre, alors qu'on continuait les travaux, on apprenait dans la presse la prise de Guiscard, le passage du canal du Nord, avec une avancée de 5 ou 6 km.

Le 5 septembre, l'ennemi se retirait entre la Vesle et l'Aisne sur plus de 32km.
Le soir, cinq gros incendies apparaissaient à l'horizon, les Boches brûlaient tout sur leur passage en se retirant.
L'ambulance 12/8 venait à Roye, l'ambulance 16/10 restait pour terminer sa mission. Le Centre Hospitalier fonctionnait à partir du 6 septembre à 0h. l'Armée se trouvait encore sur Conty.

Le 7 septembre, c'était au tour de Ham d'être libéré. Les évacuations se faisaient sur Dampierre où l'ancien centre de triage était restauré.

Le 8 septembre, notre médecin-chef Monsieur Pinat revenait à l'ambulance. J'allais à Breteuil pour obtenir un poney de bon rendement et gérer la comptabilité mensuelle.

Le 9 septembre, le médecin directeur du 31ème Corps d'Armée décidait l'installation d'un centre hospitalier à Ham et Monsieur Pinat se rendait avec lui sur place pour reconnaître le terrain.
Nous allions devoir encore nous déplacer.






*21* Officier gestionnaire de l'ambulance 1/10 à la colonie scolaire de Dury, du 3 juin au 11 août 1918.

Le lundi 3 juin 1918, l'ambulance 1/10 quittait l'asile de Dury à 9 h pour se rendre à la colonie scolaire de Dury. Le déplacement dura un heure. Nous nous installions provisoirement, l'ambulance 1/64 que nous devions relever, ne partant que le lendemain. A notre arrivée, nous avions été accueillis par Victor Cocu, le concierge de la colonie. Nous étions à la disposition du médecin chef de la colonie scolaire,  Monsieur Hahn.

Le 4 juin, notre front se stabilisait mais la lutte restait très dure sur les points stratégiques de la ligne Soissons-Château-Thierry. A certains points, l'ennemi avait réussi à passer la Marne, mais avait été refoulé.

Le 5 juin, 15 divisions sur 18 de chaque régiment se trouvaient au repos à Saint-Sauflieu. pendant que les trois autres divisions étaient en ligne.
Mademoiselle Thillet déjeunait avec nous.

Le 6 juin, nous recevions l'ordre de nous tenir prêts à partir après avoir réduit au minimum les cantines et bagages de tout l'effectif. Il nous manquait toujours six chevaux, non remplacés après leur perte lors du bombardement du 15 mai 1918.
J'envoyais à la Croix-Rouge à Paris une commande de Mademoiselle Thillet.

Le 7 juin, l'ennemi était contenu.

Le 8 juin, Vilas apprenait sa mutation pour être pharmacien du 332ème Régiment d'Infanterie.
Je recevais le matériel commandé et constatait des éléments manquants.
J'achetais un veau et 25 kg de viande.
L'ennemi s'agitait sur le secteur Noyon-Montdidier.

Le 9 juin, le lieutenant Gauthier nous livrait six chevaux à Sains-en-Amienois.

Le 10 juin, l'ennemi faisait une offensive de l'Oise à Montdidier, sur un front de 36 km. Partout, il était fortement contenu, excepté dans le centre de son attaque où il avait fait une avancée de 4 km. Des obus tombaient sur Amiens, des maisons brûlaient, la façade des Nouvelles Galeries avait beaucoup souffert. Il semblait que l'ennemi, dans son attaque sur Château-Thierry, n'avait fait que 400 bouches à feu.

Le 11 juin, l'offensive ennemie était contenue. Le front se stabilisait
.
Le 12 juin, des Anglais venaient dans le secteur. Le bruit courait qu'ils allaient le réoccuper pour un renforcement ou une relève de divisions françaises qui commençaient à être fatiguées.
Les chevaux que nous avions récupérés n'étaient pas très bons, un surtout que nous avions du mal à atteler.

J'étais soucieux car je n'avais plus de nouvelles de mon frère René, mais le lendemain, au Bois de Berny, je le trouvais à l'ambulance 212 de la 66ème division et je passais avec lui l'après-midi. Il était en bonne santé et avait bon moral, j'étais rassuré.

Le 14 juin, la mutation de Vilas pour le 332ème RI nous parvenait de la direction du 31ème corps.
Il quittait l'ambulance 1/10 à 16 h pour se rendre à Boves où se trouvait un échelon de son nouveau régimentNous attendions son remplaçant, Monsieur Baudonnet.
Fay recevait  une dépêche de sa femme le prévenant que sa belle sœur était gravement malade. Il demandait une permission exceptionnelle qui lui était accordée et le lendemain, il partait pour Nice.

Du 17 au 19 juin, nous recevions des ordres secrets, en cas d'activité sur le front.

Le 20 juin, l'aviateur allemand Wisthot, blessé par une balle de mitrailleuse, passait à l'ambulance. C'était un jeune étudiant aux Beaux-Arts, âgé de 20 ans, très chic.

Le 21 juin, Monsieur Cabannes rejoignait l'ambulance 12/8.

Le samedi 22 juin 1918, nous avions une  visite de Monsieur Pouillaude, médecin inspecteur de la Ière Armée qui avait remplacé Monsieur Ferraton.
Bonhomme et Lugrin partaient en permission de détente. Les permissions venaient d'être rétablies ce jour-là autour de 8%. Baudonnet partait aussi en permission le 26 juin, mais ma demande de permission m'était retournée. Il me fallait attendre la rentrée de Baudonnet. Vilas et Van Alstyne venaient déjeuner ce jour-là avec nous.
J'allais au P.C du Bois Jeanne d'Arc situé au Sud de Boves sur la route de Cottenchy,  pour prendre des tentes, une seule m'était rendue.
Il y avait toujours de nombreux morts, des prisonniers et des évacuations.

Le 27 juin, Canac recevait l'ordre d'aller à Courcelles pour remplacer l'aide major Baptiste Livrelli.
De mon côté, j'allais à Poix avec notre médecin-chef.

Le lendemain, mon frère René venait me voir à la colonie scolaire, il avait été relevé des tranchées dans la matinée.

Dans la nuit du 28 au 29 juin, un coup de main avait été réalisé par le  régiment d'infanterie, faisant cinq prisonniers. Notre attaque sur l'Aisne en face du bois de Villers- Cotterêts avait permis de prendre trois villages dont Cutry. Nous avions avancé sur un front de 7km, de 2 km en profondeur.

René est debout, à droite de la photo.



Le dimanche 30 juin, j'avais passé la journée à Poix avec mon frère. Le lendemain, je le revoyais à 8h30.  Alertés à 10 h, les bataillons partaient vers Berny et Ailly-sur-Noye.









Le 2 juillet, nous avions une visite d'inspection de Monsieur Louis Mourier, secrétaire d'état du service de santé accompagné de Monsieur Poulliaude et de Monsieur Ratry.

Le 4 juillet, je rencontrais mon ami Jean Vidal à Hébécourt. Cette rencontre avec une connaissance tarnaise m'avait donné envie de retourner chez moi et le 7 juillet, je remettais ma demande de permission.

En ce début du mois de juillet 1918, on parlait beaucoup d'une offensive prochaine, sans pouvoir déterminer l'endroit où elle aurait lieu.

 Le 9 juillet, le deuxième bataillon remontait en ligne à 20h30, en première position.

Le 10 juillet, Monsieur Hahn, médecin chef de l'ambulance 12/8, partait en permission. Bonhomme était rentré le 8. Pour la première fois, depuis bientôt deux mois, il pleuvait.

Je partais enfin en permission le 12 juillet pour deux semaines.




Je restais dans le Tarn jusqu'au 26 juillet et je revenais par train avec Albert Prat du  272ème Régiment d'Artillerie, qui avait été à l'école militaire de Fontainebleau. Nous avions manqué notre correspondance à Toulouse et avions continué sur Bordeaux.J'avais prévenu ma femme en lui envoyant à Mazamet cette carte postale de Bordeaux :






 "Manqué correspondance. Bien regretté ne pas être parti pour Toulouse le matin. Avons continué sur Bordeaux. Compte partir à 11h. Bons baisers.
Ernest"






Je retrouvais le 27 juillet l'ambulance 1/10.

Le lendemain, un dimanche, je passais un moment avec Jean Vidal et Monsieur Gaubert. Puis, le 29 juillet, mon frère René, venait d'Oresmeaux pour passer la journée avec moi. Je pouvais lui donner des nouvelles fraîches de notre famille et lui raconter mes journées en permission.
C'était au tour de Lapouble de partir en permission.

Le 14 juillet, il y avait eu une offensive boche de Château-Thierry à Suippes. L'attaque avait été repoussée. Après avoir passé la Marne et être descendu au Sud de la rivière de 8 km sur un front de 9 km, l'ennemi fut obligé de battre en retraite. Une contre-offensive eut lieu le 18 juillet, mais nous avions réussi à les  repousser sur tout le front. Le 3 août, nous reprenions Soissons, Ville-en-Tardenois, Fère-en-Tardenois et Chaumuzy. Il y avait  alors 3500 prisonniers et prise d'une grande quantité de matériel. 
Le général Fayolle était alors au commandement des armées de réserve. Le général Mangin commandait la 10ème armée, le général Degoutte la 6ème armée,le général Humbert la 3ème armée, le général Berthelot la 5ème armée.
Les Anglais s'étendaient de 7 km vers le Sud et prenaient jusqu'à Castel. Sur une distance analogue, la Ière armée restait sur place.
Nos troupes avançaient vers la Vesle. Nous nous étions emparés de Fismes, Soissons et nos avant-gardes étaient sur la voie ferrée allant de Fismes à Muizon  et Reims.

Une forte attaque était prévue sur le front d'Amiens. Le 8 août 1918, à 4h15, il y eut un formidable déclenchement d'artillerie. A 5h, les hommes s'élançaient des parallèles de départ et surprenaient partout les Boches. L'avance était rapide et à 10h, plus de 8km sur un front de 25km étaient gagnés, plus de 10000 prisonniers étaient faits.

L'attaque partait d'Albert et arrivait jusqu'à Courtemanche, au Nord-Ouest de Montdidier. Un grand nombre de tanks, surtout du côté anglais participaient à l'attaque.
Les Anglais avaient la partie Nord, de Albert à Castel.
Les 42ème et 66ème divisions, la 15ème division coloniale et la 37ème division étaient des divisions d'assaut.
Le front de départ était le suivant : Albert, Sailly-Laurette , Marcelcave, Hangard, Thennes, Castel, Morisel , le cours de l'Avre et à l'Ouest de Montdidier.
Le 8 au soir, notre ligne passait à Plessier, Caix, Mezières, Chipilly.
L'avance était de 12 à 15 km environ. C'était le début de la "guerre de poursuite" avec le Maréchal Ferdinand Foch comme commandant suprême des armées française et alliées.
A la colonie de Dury, nous avions comptabilisés 1441 blessés et 27 décès pour cette journée.

Le 9 août au matin, des troupes montaient toujours de l'avenue contournant le vau. Nous étions aux abords de Chaulnes, Montdidier était encerclé par la prise de Faverolles.
La IIIème armée au Sud attaquait vers le Nord par Ressons-sur-Matz.
A la colonie, nous devions accueillir 560 blessés.

Je suis à gauche et René à droite sur cette photo.

Le 10 août, mon frère René relevé depuis le matin, et au repos, au bois des Varinois à Ailly- sur- Noye, venait me voir à la colonie. Il me racontait sa journée du 8 août qui lui avait valu une citation à l'ordre de son régiment :

 "Chef de pièce courageux et d'un grand sang froid. Le 8 août 1918, a par les tirs précis de sa pièce fortement contribué à la prise d'un îlot de résistance ennemi dont les feux entravaient la progression de nos troupes."
 


L'équipe chirurgicale de Monsieur Fay était détachée à la ferme d'Ereuse.
Ce soir-là, on apprenait la chute de Montdidier.

Entre le 8 et le 11 août, il y avait eu 55 décès à la colonie.
Le centre chirurgical de Dury était supprimé le 11 août.
On devait soigner la cinquantaine de grands blessés hospitalisés avant que le centre ne se porte ailleurs.

Le lundi 12 août, à12h, l'ambulance 1/10 recevait l'ordre de se rendre à Plessier-Rozainvillers.


*20* Officier gestionnaire de l'ambulance 1/10 en charge de l'état-civil, à l'asile d'aliénés de Dury du 5 mai au 2 juin 1918 .

Le dimanche 5 mai 1918, venant de Fossemanant, l'ambulance 1/10 arrivait avec l'ambulance 1/6 à l'asile d’aliénés de Dury vers 18h , sous la pluie qui tombait depuis 17h.

extrait de ma carte de Lille au 1/320000 (feuille 8) publiée par le dépôt de guerre en 1852







Sur cette carte, on repère Dury au Sud d'Amiens.
















Nous nous installions dans une popote confortable avec salon, canapés et fauteuils confortables.

Une chambre était mise à disposition de notre médecin-chef Pinat et du chirurgien Fay, un dortoir pour les autres.








L'ambulance 1/10 devenait alors une ambulance chirurgicale et l'ambulance 1/6 était affectée aux gazés. Elles remplaçaient les ambulances 12/9, 9/9, des ambulances marocaines. Nous faisions connaissance à notre arrivée avec Monsieur Fischer, le médecin du centre hospitalier. Trois ambulances divisionnaires et trois ambulances d'Armée étaient affectées à ce centre.
Je devais remplir les fonctions d'État-civil : il y avait 60 cadavres à inhumer, il n'y avait pas de fosses et un retard considérable avait été pris.
Le radiologue Lapouble nous rejoignait avec son groupe de douze hommes.

Le 7 mai, en prenant le service d’État-civil, je n'avais pas de fossoyeur à disposition, il y avait 80 cadavres à ensevelir car depuis le 28 avril aucune inhumation n'avait été réalisée. Il fallait gérer 190 successions et 60 actes de décès.
Le médecin de la 42ème division faisait prendre la tente tortoise que nous avions laissée sur les ridelles.
La 42ème division occupait 1400 mètres, son état-major se trouvait à Boves, ainsi que le poste central du GBD, le groupe de brancardiers divisionnaire. Il y avait deux autres postes avancés, l'un à Blangy, l'autre à la côte 116 dans une tranchée.

Monsieur Bory, médecin principal de deuxième classe, arrivait le 8 mai à l'asile pour prendre la direction du Centre Hospitalier et réorganisait les services.





L'arriéré aux inhumations disparaissait très lentement malgré l'équipe de zouaves venus en renfort pour le creusement des fosses.








 Le 9 mai, Monsieur Briancourt, lieutenant du Génie de la 42ème division rentrait à Dury, ayant été blessé la veille vers 23h par un éclat d'obus dans son abri. Ce n''était pas grave. Le médecin divisionnaire Cros et Monsieur Galimart avaient été aussi blessés légèrement.

Le 10 mai, j'allais faire le ravitaillement à Prouzel en passant par Saleux. Je croisais sur ma route deux tanks Saint Chamond qui traversaient ce village et allaient au parc où se trouvaient déjà quinze autres appareils. En gare de Prouzel, quinze autres étaient encore sur des plateformes.
Je passais à Fossemanant puis par Conty et Bosquel pour arriver à Rogy où je trouvais mon frère René. C'était le jour de mes 33 ans, et à cette occasion j'avais pu avec plaisir passer trois heures avec lui. Je retournais en camion jusqu'à Nampty. 
Des avions avaient laché des bombes sur la rue des Trois-Cailloux à Amiens.

Le 12 mai, l'ambulance 2/4 de la 66ème division était bombardée à Estrées où elle fonctionnait. De ce fait, elle était affectée au centre de Dury. Monsieur Ferraton venait inspecter notre formation dans la soirée, accompagné de Clémenceau. L'établissement changeait d'aspect tous les jours, le service s'améliorait et on sentait une bonne administration. Il y avait eu 17 décès depuis notre arrivée. Concernant la gestion de l'État-civil, l'arriéré disparaissait un peu tous les jours.

Le 15 mai, vers 21 h, les saucisses portant filet montaient dans la périphérie d'Amiens. Un avion laissait tomber deux bombes sur le parc à chevaux : six de nos chevaux étaient tués et cinq blessés dont un gravement, avec un chiffre identique de chevaux morts et blessés à l'ambulance 1/6. Trois automobilistes étaient blessés et deux durent subir une amputation. Le lendemain, on se hâtait de faire des croix blanches pour les chevaux Bombay, Barnave, Bucy, Boëldieu, Burnouf et Buse.  Le vétérinaire Monsieur Léger venait voir les chevaux blessés abrités dans un hangar. Je me rendais à Fleury et Conty pou faire des versements au payeur et je rentrais péniblement.

Le 17 mai, il y eut un peu d'agitation dans notre service : on assistait à une transfusion de sang sur un automobiliste réalisée par un camarade. Les transfusions tenaient compte des groupes sanguins mais les groupes Rhésus étaient encore inconnus. On commençait à utiliser l'appareil de Jeanbreau pour les transfusions.

Le 18 mai, le front s'agitait et des tirs touchaient Amiens, des tirs percutants sur la gare Saint Roch et des tirs fusants sur les carrefours. Cela faisait trois jours que nous avions à la popote un américain radiographe. Je recevais la visite de l'officier responsable de l'État-civil à la Ière Armée : il m'apprit que Joseph De Laurens avait quitté le service de l'État-civil pour celui du ravitaillement.

Le dimanche 19 mai, jour de Pentecôte, l'activité des artilleurs était plus importante et on sentait qu'une attaque était en préparation. Elle était prévue par l'ennemi pour le 22 mai.
Darin était désigné pour le 321ème RAL -régiment d'artillerie lourde- et Saxe pour le 16ème BCP-bataillon de chasseurs à pied-tandis que Canac devait rejoindre notre ambulance.
Dans la nuit, des bombes tombaient sur Poix et sur l' ADF- l'Association des Dames de France- à Grandvilliers. Je présentais mes salutations respectueuses à Madame Bellancourt.

Le 20 mai, j'avais une pensée pour mon frère René qui devait apprécier de partir en permission. Canac rejoignait l'ambulance, grippé, et le 22 mai, Darin rentrait malade à l'ambulance 1/6.

Le 23 mai, un nouvel officier d'administration arrivait à l'ambulance 12/21 pour assurer la gestion.




A Saleux, on pouvait voir le char allemand A7V numéro 742 Elfriede. Le 24 avril, après la reprise de Villers Bretonneux, les Allemands l'avaient laissé renversé dans la carrière du bois du Monument. Il avait été récupéré et amené à Saleux. 






Le 25 mai, je me rendais à Boves et à Cottenchy avec Bataille. Nous avons été bombardés à côté du village.
Le lendemain, Monsieur Hames, officier d'administration de 2ème classe, prenait la gestion de la partie chirurgie et Monsieur Theillay gardait la partie médicale. Il devait être établi deux états-civils distincts.



Le 27 mai, les obus de 380 mm tombaient sur Amiens et sur la route de Dury. Ils provenaient d'un canon allemand installé dans un bois à Chuignes.



L'ennemi préparait une attaque dans l'Aisne et en Champagne. Le 28 mai, il avait avancé jusqu'à Pont-Arcy et il avait passé l'Aisne en plusieurs endroits. Son attaque partait de Vauxaillon jusqu'à Brimont, avec une forte intensité d'artillerie répartie sur tout le front. Amiens était particulièrement touché. L'ennemi avait pris Fismes et avait progressé au Nord-Ouest de Reims. Le lendemain, il avançait encore vers Crugny, menaçant Soissons. Le 30 mai, Soissons et Fère-en-Tardenois étaient pris, Ville-en-Tardenois était menacé. L'ennemi était un peu plus contenu du côté de Reims mais il accusait 15000 prisonniers français et 25000 anglais. Le 31 mai, son avance se poursuivait toujours, il avait pris Fère-en-Tardenois et Vezilly, il avait atteint la Marne près de Jaulgonne. Reims était investi par des obus de 270 mm  mais tenait encore. Le 1er juin, l'avance continuait, l'ennemi était à Château-Thierry depuis le 30 mai à minuit et allait vers Jaulgonne. Il avait Ville-en-Tardenois et Champlat que nos troupes arrivaient à reprendre. Il tenait Soissons et Faverolles.

Le 2 juin, nous recevions l'ordre de quitter l'asile de Dury. L'ambulance 1/10 devait prendre la Section d'Hospitalisation 1/6 -le SH 1/6- et se rendre à Sains-en-Amienois. L'ambulance 1/6, l'équipe chirurgicale 19 et le Centre Spécial de réforme 125 -le CSR 125- devaient aller à la colonie scolaire de Dury. Un contre-ordre arrivait dans la soirée : Notre ambulance 1/10 devait relever le 3 juin 1918 l'ambulance 1/64 à la colonie scolaire de Dury et l'ambulance 1/6 était envoyée à Sains-en-Amienois pour relever l'ambulance 2/55.

*19* Officier d'approvisionnement de l'ambulance 1/10, en route vers la Somme, du 8 avril 1918 au 5 mai 1918.

Le 8 avril 1918, l'ambulance 1/10 quittait Rogéville, après avoir passé du matériel et quelques consignes à l'ambulance 6/6. Elle arrivait vers 11h à Francheville après avoir parcouru 13 kilomètres sous la pluie.
Nous étions bien logés. J'occupais un chambre chez Monsieur Micand au 8 Grande rue, la popote était installée chez Monsieur Thierry.
Notre ambulance était au repos complet.

Le 9 avril, l'ennemi reprenait l'offensive entre la Lys et le canal d'Ypres, à la Bassée, Armentières et Hollebeke, sur un front de 31 kilomètres.

Le 15 avril, j'apprenais l'exploit de Douglas Campbell et Alan Winslow, deux pilotes américains qui venaient d'abattre deux avions boches dans le camp d'aviation de Toul.

Le 17 avril, Paul Bolo était exécuté au fort de Vincennes, avec une mise en scène un peu théâtrale. Il avait revêtu des gants blancs et placé un mouchoir sur son cœur pour qu'on le remette à sa femme après son exécution.

René est à droite sur cette photo.

Je profitais de cette période de repos pour aller rendre visite à mon frère René qui se trouvait à Bruyères dans les Vosges. Son 6ème régiment d'infanterie coloniale avait été relevé le 2 avril du secteur de Saint-Mihiel et avait été envoyé à Bruyères pour cantonner dans des casernes. Parti d'Arches en bicyclette, je remontais la Moselle jusqu'à Jarmeuil, puis la Vologne, traversant ainsi des sites charmants et pittoresques. Je passais la nuit à l'hôtel de la Renaissance chez Prion et j'étais de retour le 18 avril.




Le lendemain, nous recevions l'ordre d'embarquer à Toul le 22 avril, puis on nous annonçait qu'il y aurait un retard de 24 heures pour ce départ. .
Ainsi, le 23 avril à 14h30, nous quittions Francheville pour la gare d'embarquement de Maron où il fallait être à 20 h. L'ambulance devait passer par Gondreville et Villey-le-Sec. De mon côté, je passais par Toul, Dommartin et Villey-le-Sec. A partir de 17 heures, il y eut une pluie diluvienne et j'arrivais trempé comme une soupe, mais je trouvais dans la maison numéro 10 où Canac avait retenu la popote, un accueil chaleureux.
Le départ de Maron eut lieu à 23h15. Nous sommes passés par Neufchateau, Joinville, Saint-Dizier, Fère-champenoise, Sezanne, Esternay, Coulommiers, Pantin, Persan, Beaumont, pour débarquer à Saint-Germier le 25 avril à 2h. Le cantonnement se fit à 7 kilomètres de cette station, à Bois-Aubert, à 2 kilomètres de Senantes et à 11 kilomètres de Gournay-en-Bray, chez Monsieur Duchaussoy. Les chambres y étaient pour 3 ou 4, et je partageais mon lit avec Henri Fay dans la popote.

Ce jour-là, le raid d'embouteillage du port de Zeebrugge par la marine britannique privant les sous-marins allemands de cette base redoutable, avait échoué presque en totalité.

Le 26 avril, Villers-Bretonneux était repris à l'ennemi.

Je recevais une lettre de Monsieur Guibbert qui me donnait son opinion sur la marchandise reçue.  Joseph Guibbert était depuis 1909 directeur de la petite usine de délainage d'Albine, voisine de celle où j'étais moi-même directeur.  Auparavant, il avait été contremaître en 1905 de l'usine du Colombier appartenant à Paul Brenac, et je l'y avais rencontré quand j'étais moi-même contremaître à l'usine de Gauthard. Nous avions le même parcours professionnel. Les années de guerre avaient eu des répercussions sur l'industrie du délainage. Les arrivages de peaux lainées, les expéditions de laine et de cuirots avaient fortement diminué. Joseph et moi, partagions nos préoccupations sur l'avenir de nos usines.

Le 27 avril, nous étions encore au repos.
Le lendemain, nous allions à Gournay-en-Bray faire une visite dans les fromageries Pommel et Gervais. De Laurens venait de recevoir sa mutation : il devait se mettre à disposition de la VIIIème armée, comme officier d'état civil.

Le 28 avril, nous assistions à une conférence du Général Deville à Hodenc-en-Bray. A cette occasion, nous avions visité un bataillon de tanks qui se trouvait dans un bois de sapins à côté de la Chapelle-aux-pots. Il y avait 3 compagnies, 9 sections et 3 de réserve. Chaque section était composée de 5 appareils.

C'était aussi un lieu de pêche et de chasse : Le Maitre avait pris 62 truites en 5 jours et le médecin- chef un lièvre.

Un dîner avait été offert à De Laurens pour son départ. Bonhomme venait de recevoir sa nomination au grade d'adjudant et y était invité pour fêter son anniversaire.

Le 1er mai, à 5 h du matin, l'ordre nous avait été donné de faire partir les voitures de l'ambulance pour le Hamel, afin qu'elles y arrivent avant la nuit. Le détachement devait partir en auto-camion le lendemain vers 11h. Je passais la popote à Monsieur Maufrais. Nous avions accompagné De Laurens au train de 11h15 à Gournay-en-Bray où nous avions trouvé Madame Pellet et Mademoiselle Calvet d'Amiens.

Le 2 mai, notre ambulance partait de Bois-Aubert à 11h45. Nous montions dans un train militaire conduit par des Annamites. Il y avait douze hommes par voiture, trois camions. Notre itinéraire passait par Senantes, Crillon, Marseille-en-Beauvaisis, Grandvilliers, Poix et Conty. A 18h, nous étions sur la route nationale qui va de Conty à Amiens, avec en face notre destination, Fossemanant.






Après avoir pris un casse-croûte, nous partions pour le cantonnement dans ce village et nous nous installions pour dormir dans la salle d'école.







Le lendemain, il faisait beau et l'aviation était active. Nous déménagions pour nous installer dans le grenier de la maison où nous faisions la popote. J'allais à Neuville-Lès-Loeuilly où se trouvait le TB- abréviation militaire du Troupeau de Bétail-. Je vis le radiologue Lapouble pour régler sa situation. Au retour, je rencontrais Dombre, médecin auxiliaire du TB. Le 31ème Corps d'Armée auquel notre division allait être rattachée avait son quartier général à Conty. Nous étions en réserve de la Ière Armée et nous apprenions que nous fonctionnerions à Dury ou à l'asile d'aliénés d' Amiens. 

La 42ème division devait monter en ligne le 6 ou le 7 mai au sud de la route de Villers-Bretonneux devant Hangard, dans un secteur de 1400 mètres très mauvais. Il ne fallait pas céder du terrain à l'ennemi, ni se faire tuer sur place. Les évacuations y étaient difficiles, ce secteur ne présentant ni route, ni chemin commodes pour y accéder. De plus, il y avait des émissions d'ypérite. Il y avait eu 5000 évacués en 19 jours.

Le 4 mai, le 94ème et le 332ème régiments d'infanterie commandés par le Général Deville, le 8ème et le 16ème bataillon de chasseurs à pied, se positionnaient à gauche, à côté de la 37ème division d'infanterie et de la Division Marocaine. Toutes ces formations étaient maintenant rattachées à la Ière Armée.

Le 5 mai, intempestivement, à 13h, l'ordre nous parvenait de partir dans l'après-midi, pour nous rendre à l'asile d'aliénés de Dury situé à mi-chemin entre Amiens et Dury. L'ambulance 1/10 quittait Fossemanant à 14h30 avec l'ambulance 1/6 en prenant comme itinéraire Plachy, la route nationale jusqu'à hauteur de l'établissement de l'asile d'aliénés.




jeudi 24 mai 2018

*18* Officier d'approvisionnement de l'ambulance 1/10, en Lorraine, à Rogéville, du 18 janvier 1918 au 7 avril 1918.


Le 18 janvier 1918, l'ambulance 1/10 quittait Ménil-la-Tour en Meurthe et Moselle vers 11h, conduite par le médecin Darin, pour se rendre à une dizaine de kilomètres, à Rogéville.

           

Étant missionné pour assurer le cantonnement, j'étais parti en avance, dès 8h30. A mon arrivée, je rencontrais des difficultés dans ma mission, les habitants étant récalcitrants. J'étais arrivé à caser les hommes, mais il m'était plus difficile de trouver des chambres et encore plus d'installer la popote.
Monsieur Pinat m'apprenait, lors du déjeuner au Quartier Général de la 42ème division, la suppression des officiers d'approvisionnement des ambulances. Monsieur Pallu, sous-intendant militaire de la 42ème division, m'encourageait à demander à passer dans son service, la vacance du poste d'officier d'approvisionnement du Quartier Général  étant annoncée.
Le lendemain, faisant preuve de diplomatie auprès de madame André, habitante du 62, pour quitter son logement, j'installais le médecin chef ainsi que la popote au 34. Marcel Vilas prenait la chambre du 49, et Joseph de Laurens et moi déménagions au 47. Nous étions ainsi bien mieux.
Le major de cantonnement et le médecin divisionnaire ayant demandé à l'ambulance 1/10 d'entreprendre divers travaux, dès ce 19 janvier, nous recevions la visite de Monsieur Pérot et nous commencions par la construction de la baraque pour chevaux.
Je me rendis à Domerie pour m'assurer de la circulaire relative à la relève des officiers d'approvisionnement. Je pus vérifier le tableau d'effectif de guerre du 4 décembre transmis le 15 janvier précisant que les ambulances attelées n'auraient plus que sept officiers : un médecin chef à deux ou trois galons, quatre médecins aide major, un pharmacien et  un officier gestionnaire assurant à la fois gestion et approvisionnement. Par ailleurs, ce tableau annonçait que ces ambulances disposeraient d'un sergent, d'un adjudant, de quatre caporaux et trente-deux infirmiers, de quatre fourgons du service de santé, de deux fourgons à vivres, de deux voitures du personnel, de douze chevaux de trait, d'un cheval de selle pour le médecin chef et d'une ordonnance, d'une bicyclette pour le maréchal des logis du train et l'officier gestionnaire. Elle ne disposerait d'aucun brigadier.

Le  20 janvier, la division nous faisait parvenir le plan de l'ambulance. Le matériel et les tentes Bessonneau devaient être livrés par le service de santé, les Adrian par le Corps d'Armée. En attendant la livraison du matériel, il fallait commencer les travaux de terrassement.
En me rendant à Villers-en-Haye  pour le ravitaillement, là où se trouvait la section sanitaire de la division d'infanterie numéro 102,  je traversais Dieulouard où mon regard se posa sur une grosse usine, puis Griscourt, une ville avec ponts et passerelle.

Le lendemain, j'allais à Liverdun pour percevoir à la coupe 800 kilos de bois, et je déjeunais au GBC - Groupe de Brancardiers de Corps -, à Saizerais avant de rentrer vers deux heures et demi.
Le service de santé de la Ière Armée  m'avait retourné ma demande pour être affecté au Maroc et il m'était demandé de joindre à cette demande un état signalétique et des services.
Joseph de Laurens devint alors major de cantonnement.
Ce jour-là, vers 20h, on put voir le passage d'avions français, de retour de bombardement.
En lisant la presse, il semblait que le parti travailliste anglais préoccupait beaucoup le premier ministre Lloyd George et le gouvernement anglais en général.

Le 22 janvier, par un temps splendide, j'allais à Griscourt avec Monsieur Pinat, au GBD - Groupe de Brancardiers Divisionnaire -. Nous avons déterminé l'emplacement exact de l'ambulance à l'angle formé par la route de Dieulouard et le chemin vicinal reliant Rogéville et Rozière.
Les journaux annonçaient que l'Ukraine se ralliait aux Empires Centraux et que les difficultés matérielles de l'Autriche - Hongrie seraient diminuées par l'ouverture des greniers de la Russie du Sud. La Haute Cour présidée par Antonin Dubost venait de se constituer pour l'affaire Malvy. Député du Lot, ancien ministre de l'Intérieur, Louis Malvy, était accusé par le directeur du journal L'action française, d'avoir fourni des renseignements à l'Allemagne sur des projets militaires et diplomatiques français comme l'attaque du Chemin des Dames, et d'avoir favorisé les mutineries de juin 1917. Joseph Caillaux, député de la Sarthe, ancien ministre des Finances, à la prison de la santé depuis quatre jours, devait comparaître devant le magistrat Bouchardon. Accusé de trahison et de complot contre la sûreté de l’État, il était soupçonné "d'intelligence avec l'ennemi en temps de guerre" et de "machination avec des puissances étrangères".

Le 23 janvier, je me rendis avec Marcel Vilas et notre médecin chef à Nancy, pour faire quelques achats. Cette journée était bien pluvieuse, nous sommes rentrés vers 19h sans Marcel Vilas qui devait nous rejoindre le lendemain vers 14h, après notre déjeuner avec Morin et Langelier en visite à l'ambulance avec Monsieur Pinat. Le terrain de notre ambulance était jalonné et le lendemain, Joseph de Laurens ayant envoyé son rapport, l'ordre de commencer les travaux de construction était donné par l'inspecteur Bilouet, malgré un brouillard intense jusqu'à11h. Vingt-sept avions sont alors sortis vers 15h, se dirigeant apparemment vers Metz et quand le brouillard est réapparu vers 16h, ils n'étaient pas rentrés.

Le 26 janvier, le terrain était jalonné, piqueté et on effectuait le tracé des baraques Adrian et des tentes Bessonneau, il y avait de la pierre sur place. L'inspecteur Bilouet arrivé après notre départ du terrain, trouvait que les travaux avaient été faits judicieusement et paraissait satisfait.

extrait de mon carnet de guerre daté du 26 janvier 1918

Voici mon croquis de l'ambulance projetée, retrouvé sur mon carnet de guerre :
A l'avant, j'avais représenté la route. En première ligne, on projetait de mettre six tentes Bessonneau encadrant le hangar Bessonneau permettant de trier les blessés légers ou graves. Derrière, cinq baraques Adrian pour le traitement des gazés, la pharmacie, la réception et la préparation des intransportables, le logement des officiers. En troisième ligne, un hangar pour les vêtements de gazés, des baraques Adrian pour hospitaliser les gazés très graves, le logement des infirmiers, les cuisines.



Vers 20 h,  les Allemands avaient émis ce soir-là du gaz surpalite par des obus de minnenwerfer. Les pertes étaient sérieuses notamment pour la 21ème Compagnie du 332ème régiment. On déplorait beaucoup de morts sur le terrain et 30% à l'ambulance.

Pendant ce temps, le comte Czernin, ministre des affaires étrangères de l'empire austro-hongrois, semblait vouloir entrer en pourparlers de paix et la proposition du président des Etats-Unis Wilson devait à priori être étudiée. Hertling, chancelier de l'empire allemand, était moins décidé. Néanmoins, la thèse de Ludendorff et Hindenburg, respectivement général en chef et chef du grand Etat-Major de l'armée allemande, ne semblait pas devoir être suivie. Les critiques n'osaient pas affirmer que l'attaque allemande aurait bien lieu en Angleterre. Le Labour Party critiquait le gouvernement.

Le 27 janvier, je déjeunais avec les officiers américains de l'ambulance 13 qui me réservaient un bon  accueil.
Joseph de Laurens faisait une demande pour obtenir une fonction à l'état civil de la Ière Armée.

Le 28 janvier, je lisais que les valeurs métallurgiques étaient un peu en hausse.
En plus des 42 hommes du 63ème Régiment d'Infanterie commandés par le sous-lieutenant Raguin et 6 hommes du Génie, il nous arrivait 13 hommes de plus du 63ème RI, 35 hommes du 155ème RI commandés par le sous-lieutenant Prevost et 22 hommes du GBC 32. Notre effectif était de 152 hommes.

Avec le médecin aide major Tierny, nous partions le lendemain à 7h pour Toul, avec la voiture du personnel. Il y avait du brouillard et le chemin était glissant. A notre arrivée, vers 10h30, nous achetions des vivres à la coopérative pour 490,20 francs. Nous remarquions la présence de jeunes italiens dans cette ville.

Le 30 janvier, Joseph de Laurens se faisait porter à Toul au train de 8h17. Il partait en permission pour une dizaine de jours. Les travaux continuaient.

plaque commémorative rue de Choiseul à Paris



Dans la nuit, seize avions, des Gothas numéro II Friedrichshafen de 520 chevaux avec trois personnes à bord, le pilote, un mitrailleur à l'avant et un mitrailleur à l'arrière, avaient bombardé Paris, faisant 47 morts et 204 blessés.








Le médecin divisionnaire Cros rentrait, le 31 janvier, de sa permission d'un mois à Oran. Je demandais du matériel pour 250 lits. Couvert et Veillon devaient être relevés. Un groupe d'artillerie du 2ème Corps d'Armée Coloniale arrivant, les GBC quittaient une baraque pour loger au numéro 70.

Le 1er février, Monsieur Pinat venait déjeuner avec nous. Les travaux continuaient et nous faisions une demande à Monsieur l'Inspecteur pour obtenir des tombereaux.

Le 2 février, les cantines de Monsieur Pinat qui partait en permission de 10 jours, étaient déposées dans la chambre de Tierny. Une note nous confirmait le message du 30 janvier annonçant l'envoi en gare de Dieulouard d'un hangar Bessonneau. Un message téléphoné de la direction annonçait qu'un envoi de 6500 kilos de matériel pour l'ambulance était parti de Saint Dizier en date du 1er février vers la gare de Ménil-la-Tour. Une note de Monsieur Ferraton, médecin inspecteur de la Ière armée, nous prescrivait de bien préciser les déclarations des propriétaires Burgaux, Michel et Millet, sur leurs parcelles plantées en vigne et luzerne.

Le 3 février, le médecin divisionnaire venait à Rogéville se rendre compte de l'exécution des travaux. Il y avait du brouillard, puis de la clarté et du gel dans la nuit. Le lendemain, il faisait beau. Je répondais à la demande de Monsieur Ferraton en lui adressant un rapport sur les parcelles occupées.

 Le 5 février, dix hommes détachés du GBC bénéficiaient d'une permission. Je demandais à la direction du service de santé qu'ils soient remplacés. La section de la 10ème compagnie du 155ème RI était relevée et se rendait à Jonc de Vaud. Les travaux se poursuivaient et nous avions entre 2 et 3 heures, la visite sur le chantier de Monsieur Cros, médecin divisionnaire.

Le 6 février, le sous-lieutenant Raguin était rappelé à Dieulouard.

La presse relatait la tenue du conseil supérieur de guerre interallié à Versailles du 30 janvier au 2 février. Il y avait été décidé la continuation de la guerre. Par ailleurs, Paul Bolo passait devant le conseil de guerre. Il avait financé en 1916 l'acquisition par Charles Humbert du quotidien conservateur et nationaliste, le Journal, et il était soupçonné d'avoir financé cette opération avec de l'argent allemand.


Le 7 février, j'envoyais ma demande pour obtenir une affectation au Maroc à Monsieur Vigouroux.
Je lisais dans le journal que les Ukrainiens avaient fait prisonnier un maximaliste, c'est à dire un bolchevik qui rejetait les réformes et voulait la révolution.

Le 8 février, la direction téléphonait qu'un hangar Bessonneau à  destination de Dieulouard partait de Toul. La division nous prévenait en même temps que six wagons de matériel étaient en gare de Manoncourt et qu'il était urgent de retirer ce matériel. Il fallait s'enquérir des moyens de transport. Le capitaine du CVAD -ou convoi administratif- à qui je m'étais adressé m'avait répondu par la négative. Par erreur, le matériel avait été adressé à l'ambulance 15/17.
Monsieur Cholet, lieutenant de vaisseau avec trois galons, commandant un groupe de marins installant des batteries de 160, était venu à notre popote à midi. Le soir, nous prenions en subsistance le lieutenant Meley du 63ème Territorial, remplaçant le sous-lieutenant Raguin.
La direction nous téléphonait que l'ambulance allait recevoir un renfort de 25 hommes.

Le 9 février, j'étais allé à Manoncourt reconnaître les six wagons avec le matériel adressé par erreur à l'ambulance 15/17. Il s'agissait des wagons 3216, 4004, 4008, 9056, 3002 et 451. Le 451 contenait cinq tentes Bessonneau, les cinq autres wagons étant réservés à une baraque de santé. Il était nécessaire de s'entendre avec le médecin divisionnaire pour obtenir les moyens de transport, le matériel devant être déchargé le 10 février avant midi. Par ailleurs, un message téléphoné annonçait l'arrivage pour le lendemain de six autres wagons et donnait l'ordre de demander 14 chevaux au GBC et à l'ambulance 6/6 à Saint Georges.
Une demande devait être faite par la Station Magasin de la 42ème division pour avoir quatre camions  plate-formes en gare de Manoncourt le 10 février à 8h.
La Direction m'avait prescrit de désigner un homme du Service pour Salonique. Là-bas, le Général Guillaumat avait succédé le 14 décembre 1917 au Général Sarrail. Son objectif était de maintenir la solidité du front de Macédoine. Il devait poursuivre le plan de lutte contre le paludisme et redresser la situation de l'Armée d'Orient et pour cela il avait besoin de renforts. Ainsi, le 10 février, l'infirmier Boisard de notre ambulance était désigné pour Salonique. Il devait nous quitter le 13 février et une permission de dix jours lui était accordée.
Le chef de gare de Dieulouard nous prévenait que le hangar Bessonneau était en gare. Dix hommes partirent à Manoncourt pour décharger le matériel. Nos fourgons portèrent les cinq tentes Bessonneau et quelques panneaux de la baraque de santé.

Le 11 février, un message téléphoné annonçait que les quatre camions plate-formes demandés seraient en gare de Manoncourt à 8 heures.
De source sûre, j'apprenais que les jours précédents, nous avions été très près de la paix, mais que tout était à nouveau rompu. Un coup de main sérieux, avec une préparation de grande envergure, était prévu pour le 12 février au niveau du Pont de Metz, à Limey, par un bataillon du 94ème RI.
La "saucisse" de Martincourt venait d'être brûlée par des avions boches. Ce fut la surprise complète et aucun coup de canon ni de mitrailleuse n'avait été tiré contre eux. Le parachute paraissait ne pas avoir fonctionné, il s'était retourné et son allure de descente était très grande. L'appareil boche qui avait brûlé ce ballon captif 82 était camouflé, avec une cocarde tricolore. L'observateur, le lieutenant Parizy, avait été relevé à 1 km du treuil, dans le coma, ses jambes brisées et le crâne fracturé. Il avait pu recevoir la croix de la légion d'honneur, sur le terrain, quelques instants avant sa mort.
Durant toute la soirée et la nuit, il y avait eu une action d'artillerie très intense, faisant plutôt ressembler cette démonstration à une attaque qu'à un coup de main.

Le lendemain, un barrage roulant eut lieu à 6h. Le coup de main prévu était réalisé par le 94ème RI en 26 minutes. Il y eut 24 prisonniers et une usine lance gaz aurait été détruite.
A 16 heures, tout le matériel était rentré, quatre camions étaient à Manoncourt et quatre autres à Dieulouard pour récupérer le hangar Bessonneau.
Lessard rentrait ce jour-là de permission avec du retard.

Le 13 février, nous avons été obligés de suspendre les travaux de terrassement à cause de la pluie.
Le capitaine Raden faisait une chute de cheval. Il présentait des contusions sans gravité.
Nous avons effectué un contrôle sérieux du matériel reçu pour construire le hangar Bessonneau et avons trouvé qu'il manquait une caisse à outils pouvant contenir l'instruction pour le montage. Lugrin et deux hommes du Génie furent envoyés au parc d'aviation de Saizerais pour se rendre compte de la technique de montage de ce hangar.

Le 14 février, j'allais à Dieulouard pour m'assurer que la caisse manquante n'était pas restée en gare, mais je n'avais pu rien savoir à ce sujet. Tout laissait croire qu'elle manquait à l'envoi. L'arrivée de quatre wagons et de deux baraques Adrian à décharger au plus vite, était annoncée dans cette gare. Une demande de camions pour les enlever avait été faite à l'Armée. Par ailleurs, à la gare de Manoncourt, le matériel de cuisine, de chauffage et des poussettes Peugeot pour le transport des blessés étaient à récupérer.

Le 15 février, Joseph de Laurens rentrait de permission à 10 heures. Nous recevions l'ordre d'envoyer une équipe à la gare de Dieulouard pour décharger ce qui était arrivé. Il était prévu de déposer le matériel le lendemain.
Un raid d'avions sur la gare et le village de Dieulouard faisait une vingtaine de victimes, dont neuf tués et parmi eux un civil.

Le 16 février, le matériel était transporté par camions plate-formes.
Des avions avaient lancé des bombes à 500 mètres de Villers, faisant quatre morts dont un civil. Le centre ville de Dieulouard était entièrement détruit, les habitants avaient quitté leur habitation le soir dès 5 heures et s'étaient réfugiés dans les abris situés dans le bois Sud. La plupart avaient décidé de déménager. Les Allemands s'acharnaient sur ce village.
Le lendemain, des tirs entre avions avaient été faits le soir entre 20h et 22h, tuant deux sous-officiers d'artillerie.

Le 18 février, Monsieur Cholet nous quittait pour aller à Ottrott entre Saint-Jean et Lironville. Monsieur Meley nous quittait aussi pour aller à au ravin de Saint-Jacques.
Encore un raid d'avions ce jour-là.

Le 19 février, je recevais ma permission. Les poêles prévus pour le chauffage étaient retirés de Manoncourt.

Le 20 février, le lieutenant de vaisseau Cholet recevait l'ordre de rentrer à Paris à la Direction Générale de la Guerre Sous-Marine, la DGSM. Il nous exprimait ses regrets de ne pouvoir nous conduire à Toul. Marican et Fay venaient déjeuner à la popote. Langelier rentrait de permission. Il avait été décidé que Maurin et Van Holstein resteraient à la popote.

Le 21 février, deux baraques Adrian rentraient de Dieulouard.

Le 22 février, c'était pour Vilas et moi, le départ en permission. La voiture du personnel nous portait à Liverdun. Nous prenions le train de 22h06 à Toul pour arriver à Paris le lendemain à 7h du matin. Nous occupions notre journée dans l'attente d'un train pour Montauban en gare d'Orsay à 19h15. A midi, nous avions été au petit Marguery, dans le quartier des Gobelins, et l'après-midi au casino.
J'arrivais à Mazamet le 24 février à 16h. Je profitais de cette permission jusqu'au 7 mars, avec la pluie, la neige et le givre au programme.
Mon frère René n'avait pas pu venir. Il se trouvait dans le secteur de Saint-Mihel. Le 20 février, il y avait eu un coup de main de l'ennemi sur l'un des postes avancés du 6ème régiment d'infanterie coloniale auquel il appartenait. La résistance énergique de ce régiment avait empêché l'ennemi de continuer son attaque.


 Paul Vidal et Germaine Serres, après la guerre




J'avais pu rencontrer mon cousin germain Paul Vidal, lui aussi en permission avant de rejoindre au mois de mars le 58ème régiment d'infanterie auquel il avait été rattaché à partir du 27 février 1918. Ce régiment se trouvait à l'Ouest de Monastir, pour combattre contre les Bulgares, dans l'armée d'Orient. Paul arrivait des Vosges, là où se trouvait le 5ème bataillon de chasseurs grenadiers de la 25ème compagnie qu'il venait de quitter après y avoir été rattaché pendant une année.







Les gouvernements des empires centraux menés par l'empire allemand venaient de signer le 3 mars un traité à Brest-Litovsk, en Biélorussie, avec la jeune République russe bolchévique. Ce traité mettait fin aux combats sur le front de l'Est et permettait à l'empire allemand d'annexer l'Ukraine, la Biélorussie, les Pays Baltes et la Pologne.

Ma mère, Jean et Vovo, Louise, à Mazamet, chez mes parents




Le 4 mars, j'étais présent pour fêter en famille les 8 ans de ma petite Vovo et le 7 mars, je repartais à 17h de la gare de Mazamet.



 A 21h, je retrouvais Vilas à Montauban. Nous arrivions le lendemain à 10h à Paris.





Après avoir déjeuné chez Coeurdoux, nous occupions notre après-midi au jardin des plantes, rue Buffon et nous rendions au Brébant.















Puis, nous passions la soirée au théâtre du Gymnase où se produisait l'actrice Kiki ainsi que Gabriel Signoret, Mademoiselle Spinelly et Marcelle Praince. A 21h, il y eut une alerte d'avions. Personne ne voulait quitter la représentation. Des bombes étaient tombées sur le boulevard Montparnasse et dans le quartier de la gare de l'Est. Les gens se réfugiaient dans le métro et dans les caves. Il fallait encore avoir du cran. Un Gotha avait été abattu vers Château-Thierry.
Le 9 mars, nous quittions Paris à 8h pour arriver à Rogéville à 20 h. L'ambulance était au complet. Monsieur Morin, lieutenant du service de santé territorial, était parti en permission. Nous pouvions constater que l'ambulance s'était étendue par ses constructions durant notre absence.
Le lendemain, les avions retournaient sur Paris. Nous étions en repos dominical.
Le lundi 11 mars, les toiles de  côté étaient mises au hangar Bessonneau. Quatre avions avaient été abattus : trois Gothas et un Friedrichshafen. Chaque Gotha de 520 chevaux transportait 4 passagers et 650 kilos d'explosifs, le Friedrichshafen avait aussi 4 passagers, 1000 kilos d'explosifs et son poids mort était de 2500 kilos.
Le lendemain, une troisième tente Bessonneau était installée du côté Ouest et la couverture du hangar était réalisée.
Le 13 mars, nous avions la visite de Monsieur Bilouet, médecin inspecteur, et les travaux continuaient.
Sur la crête au sud de notre cantonnement, l'ambulance 2/55 de la 165ème division d'infanterie commençait la construction d'une ambulance pour les éclopés et les intoxiqués légers, dénommée "ambulance des minimes".
Le 14 mars, encore un raid d'avions sur Paris faisait 106 morts et 79 blessés dont 66 étouffés dans le métro.
Je lisais dans la presse que Baker, ministre de la guerre aux Etats-Unis, était arrivé en France le 10 mars et que Clemenceau était absent. Concernant l'affaire Bolo, son avocat Monsieur Aubert donnait communication du télégramme numéro 5 de Bernstorff à Von Jagow. Le nom de Bolo n'y figurait pas. Le pourvoi de Bolo et Porchère avait été rejeté.
Le 15 mars, notre médecin chef partait en permission exceptionnelle de trois jours, ayant reçu une lettre alarmante de sa famille, la veille. Le médecin aide major Canac arrivait pour remplacer Camille Massina.
Tierny était prévenu de son affectation prévue pour le 21 mars au 129ème régiment d'infanterie appartenant à la 69ème division.
Le 16 mars, je m'étais rendu à Nancy pour divers achats et j'étais allé déjeuner à Liverdun avec Tierny.
J'étais retourné à Nancy le 19 mars après-midi avec Van Holstein. J'avais pu dîner avec un Tarnais, Edmond Rives, au Majestic Hôtel et nous étions rentrés à 22h.
Le 20 mars, nous aménagions trois tentes Bessonneau et une baraque de santé avec 120 lits.
A partir du 21 mars, Monsieur Van Holstein ne venait plus à la popote de notre ambulance, mais mangeait avec ses sous-officiers. Tierny rejoignant son affectation, je reprenais un lit au numéro 47. Ce jour-là, un commandant du 101ème régiment d'infanterie, inspecteur des effectifs, passait à l'ambulance. L'offensive ennemie prévue par Ludendorff était déclenchée. Cette offensive baptisée "bataille du Kaiser" commençait par l'opération Michael, contre l'armée britannique, par surprise, et d'une violence inouïe. Elle mettait aux prises 6000000 d'hommes. Il s'agissait d'une avance gigantesque et très rapide. Cette attaque sensationnelle se faisait sur 400 km de front par tous les moyens. Les Allemands avaient en vue de couper les armées françaises et britanniques et d'arriver à la mer. Le danger était extrême et suite à la demande de LLoyd George, Pershing  décidait d'envoyer 120000 soldats américains par mois.


 Louis Maufrais se trouve  tout à droite, sur cette photo.






Le 22 mars, Louis Maufrais, médecin aide major de deuxième classe, arrivait à l'ambulance. Il venait du 40ème régiment d'artillerie.









Je me rendais à Saizerais et à Toul. Monsieur l'Inspecteur, en visite à l'ambulance, était satisfait des travaux.
Le 23 mars au matin, on apprenait que l'opération Michael avait fait 16000 prisonniers anglais et que les boches avaient pris 200 canons.Le lendemain matin, à 8 heures, un communiqué allemand faisait état de 25000 prisonniers et de la prise de 500 canons anglais. A midi, l'Impartial de l'Est annonçait que Paris avait été bombardé le 23 mars de quart d'heure en quart d'heure par une pièce de 240 mm tirant de 120 km. Cela m'étonnait mais il semblait que cela était mathématiquement possible avec un canon de 70 mètres de long. A 20 heures, un nouveau communiqué boche annonçait 45000 prisonniers et la prise de 600 canons. Leurs troupes avaient avancé de 20 kilomètres, elles se trouvaient à Ham et à Coucy-le-château.
Le 25 mars, les Allemands étaient à Arras, Croisilles, Combles, Maurepas, Peronne, Ham et  Coucy-le-château. Un communiqué français à 16 heures précisait que nos troupes soutenaient le terrible assaut devant Noyon et que le canon à longue portée avait tiré toute la journée sur Paris.
Le 46ème régiment d'artillerie partait dans la nuit vers Toul pour embarquer. Nous recevions un message, nous prévenant de nous tenir prêts à partir. Ce jour-là, nous étions rattachés à la VIIIème armée.
Le 26 mars, les Allemands poursuivaient leur avancée, Noyon était pris et l'ennemi était devant Albert. L'état-major de notre 32ème Corps d'armée venait de quitter Saizerais, celui de notre 42ème division quittait Villers-en-Haye pour se rendre à Saizerais.
Le lendemain, Albert était pris et les Anglais cédaient du terrain pied à pied. Nos troupes étaient sur la rive gauche de l'Oise et les Allemands avaient passé la Somme.
La 165ème division se concentrait à Toul. Le général Passaga commandait le Détachement d'Armée de Lorraine, le D.A.L, à Toul, alors que le général Deville commandait le 32ème Corps d'Armée.
Le médecin Louis Maufrais devait nous quitter temporairement pour regagner le 332ème Régiment d'Infanterie.
Le 28 mars, l'ennemi était à Albert, à Montdidier et à Roye. La situation était angoissante : un communiqué allemand annonçait à 3 heures l'évacuation d'Amiens.
Le 29 mars, la situation se stabilisait entre Noyon et Moreuil que les Allemands occupaient. L'ennemi se trouvait à 3 kilomètres de Corbie. Le canon bombardait toujours Paris, un obus était tombé dans l'église Saint Gervais située derrière l'hôtel de ville, tuant 75 personnes et faisant 90 blessés. L'obus avait pulvérisé le toit, pendant l'office du vendredi saint.
Le 30 mars, nos troupes reprenaient Moreuil à la baïonnette : cette ville avait été prise et reprise deux fois. L'effort ennemi semblait se porter sur l'aile gauche anglaise pour refouler les Britanniques vers la mer. Un bombardement avait lieu sur Doullens et une attaque faite par 10 divisions sur Arras avait échoué. Le général Ferdinand Foch était généralissime sur tout le front, les Britanniques avaient enfin accepté ce commandement unique. A cette date, il y avait 75000 prisonniers et  la prise de 1100 canons. Le mauvais temps sévissait et cela avait contribué à l'arrêt de l'offensive dès le lendemain.
Le 1er avril, la 1ère division américaine quittait Ménil-la-Tour pour se rendre dans la Somme. La 42ème division américaine venait la remplacer.
Le 3 avril, Henri Fay et Louis Maufrais qui étaient revenus à l'ambulance 1/10 respectivement le 31 mars et le 2 avril, étaient envoyés à l'ambulance 13/11. Le canon et les Gothas attaquaient Paris. L'ennemi s'était emparé de Marcelcave et avançait difficilement sur Villers- Bretonneux.
Le 4 avril, il n'était plus question de départ pour notre ambulance.
Le 5 avril, nous maintenions l'ennemi. Son offensive avait diminué d'intensité mais une lutte âpre se poursuivait dans la région de Moreuil et au nord de la Somme.
Le 6 avril, il y eut à nouveau des bruits de départ, nous étions prévenus de nous tenir prêts et le lendemain l'ordre de départ arrivait. Il était fixé au 8 avril, pour parcourir 13 kilomètres et faire étape à Francheville.
Je prenais connaissance de l'appréciation écrite dans mon dossier militaire par le médecin chef de l'ambulance 1/10 pour le premier semestre de1918 :



" Assure son service d'officier d'approvisionnement avec le plus grand soin. Utilise à ce titre et comme gestionnaire des connaissances de comptabilité commerciale. Est susceptible de gérer une formation plus importante où il donnerait la mesure de sa valeur. Mérite d'être proposé pour le grade supérieur."

Depuis notre arrivée à Rogéville, notre ambulance 1/10 avait édifié un hangar Bessonneau, six tentes Bessonneau, cinq baraques Adrian, deux baraques de santé, une cuisine et deux abris de bombardement. Les routes d'accès avaient été empierrées par nos soins. Nous allions y laisser des regrets.