jeudi 24 mai 2018

*18* Officier d'approvisionnement de l'ambulance 1/10, en Lorraine, à Rogéville, du 18 janvier 1918 au 7 avril 1918.


Le 18 janvier 1918, l'ambulance 1/10 quittait Ménil-la-Tour en Meurthe et Moselle vers 11h, conduite par le médecin Darin, pour se rendre à une dizaine de kilomètres, à Rogéville.

           

Étant missionné pour assurer le cantonnement, j'étais parti en avance, dès 8h30. A mon arrivée, je rencontrais des difficultés dans ma mission, les habitants étant récalcitrants. J'étais arrivé à caser les hommes, mais il m'était plus difficile de trouver des chambres et encore plus d'installer la popote.
Monsieur Pinat m'apprenait, lors du déjeuner au Quartier Général de la 42ème division, la suppression des officiers d'approvisionnement des ambulances. Monsieur Pallu, sous-intendant militaire de la 42ème division, m'encourageait à demander à passer dans son service, la vacance du poste d'officier d'approvisionnement du Quartier Général  étant annoncée.
Le lendemain, faisant preuve de diplomatie auprès de madame André, habitante du 62, pour quitter son logement, j'installais le médecin chef ainsi que la popote au 34. Marcel Vilas prenait la chambre du 49, et Joseph de Laurens et moi déménagions au 47. Nous étions ainsi bien mieux.
Le major de cantonnement et le médecin divisionnaire ayant demandé à l'ambulance 1/10 d'entreprendre divers travaux, dès ce 19 janvier, nous recevions la visite de Monsieur Pérot et nous commencions par la construction de la baraque pour chevaux.
Je me rendis à Domerie pour m'assurer de la circulaire relative à la relève des officiers d'approvisionnement. Je pus vérifier le tableau d'effectif de guerre du 4 décembre transmis le 15 janvier précisant que les ambulances attelées n'auraient plus que sept officiers : un médecin chef à deux ou trois galons, quatre médecins aide major, un pharmacien et  un officier gestionnaire assurant à la fois gestion et approvisionnement. Par ailleurs, ce tableau annonçait que ces ambulances disposeraient d'un sergent, d'un adjudant, de quatre caporaux et trente-deux infirmiers, de quatre fourgons du service de santé, de deux fourgons à vivres, de deux voitures du personnel, de douze chevaux de trait, d'un cheval de selle pour le médecin chef et d'une ordonnance, d'une bicyclette pour le maréchal des logis du train et l'officier gestionnaire. Elle ne disposerait d'aucun brigadier.

Le  20 janvier, la division nous faisait parvenir le plan de l'ambulance. Le matériel et les tentes Bessonneau devaient être livrés par le service de santé, les Adrian par le Corps d'Armée. En attendant la livraison du matériel, il fallait commencer les travaux de terrassement.
En me rendant à Villers-en-Haye  pour le ravitaillement, là où se trouvait la section sanitaire de la division d'infanterie numéro 102,  je traversais Dieulouard où mon regard se posa sur une grosse usine, puis Griscourt, une ville avec ponts et passerelle.

Le lendemain, j'allais à Liverdun pour percevoir à la coupe 800 kilos de bois, et je déjeunais au GBC - Groupe de Brancardiers de Corps -, à Saizerais avant de rentrer vers deux heures et demi.
Le service de santé de la Ière Armée  m'avait retourné ma demande pour être affecté au Maroc et il m'était demandé de joindre à cette demande un état signalétique et des services.
Joseph de Laurens devint alors major de cantonnement.
Ce jour-là, vers 20h, on put voir le passage d'avions français, de retour de bombardement.
En lisant la presse, il semblait que le parti travailliste anglais préoccupait beaucoup le premier ministre Lloyd George et le gouvernement anglais en général.

Le 22 janvier, par un temps splendide, j'allais à Griscourt avec Monsieur Pinat, au GBD - Groupe de Brancardiers Divisionnaire -. Nous avons déterminé l'emplacement exact de l'ambulance à l'angle formé par la route de Dieulouard et le chemin vicinal reliant Rogéville et Rozière.
Les journaux annonçaient que l'Ukraine se ralliait aux Empires Centraux et que les difficultés matérielles de l'Autriche - Hongrie seraient diminuées par l'ouverture des greniers de la Russie du Sud. La Haute Cour présidée par Antonin Dubost venait de se constituer pour l'affaire Malvy. Député du Lot, ancien ministre de l'Intérieur, Louis Malvy, était accusé par le directeur du journal L'action française, d'avoir fourni des renseignements à l'Allemagne sur des projets militaires et diplomatiques français comme l'attaque du Chemin des Dames, et d'avoir favorisé les mutineries de juin 1917. Joseph Caillaux, député de la Sarthe, ancien ministre des Finances, à la prison de la santé depuis quatre jours, devait comparaître devant le magistrat Bouchardon. Accusé de trahison et de complot contre la sûreté de l’État, il était soupçonné "d'intelligence avec l'ennemi en temps de guerre" et de "machination avec des puissances étrangères".

Le 23 janvier, je me rendis avec Marcel Vilas et notre médecin chef à Nancy, pour faire quelques achats. Cette journée était bien pluvieuse, nous sommes rentrés vers 19h sans Marcel Vilas qui devait nous rejoindre le lendemain vers 14h, après notre déjeuner avec Morin et Langelier en visite à l'ambulance avec Monsieur Pinat. Le terrain de notre ambulance était jalonné et le lendemain, Joseph de Laurens ayant envoyé son rapport, l'ordre de commencer les travaux de construction était donné par l'inspecteur Bilouet, malgré un brouillard intense jusqu'à11h. Vingt-sept avions sont alors sortis vers 15h, se dirigeant apparemment vers Metz et quand le brouillard est réapparu vers 16h, ils n'étaient pas rentrés.

Le 26 janvier, le terrain était jalonné, piqueté et on effectuait le tracé des baraques Adrian et des tentes Bessonneau, il y avait de la pierre sur place. L'inspecteur Bilouet arrivé après notre départ du terrain, trouvait que les travaux avaient été faits judicieusement et paraissait satisfait.

extrait de mon carnet de guerre daté du 26 janvier 1918

Voici mon croquis de l'ambulance projetée, retrouvé sur mon carnet de guerre :
A l'avant, j'avais représenté la route. En première ligne, on projetait de mettre six tentes Bessonneau encadrant le hangar Bessonneau permettant de trier les blessés légers ou graves. Derrière, cinq baraques Adrian pour le traitement des gazés, la pharmacie, la réception et la préparation des intransportables, le logement des officiers. En troisième ligne, un hangar pour les vêtements de gazés, des baraques Adrian pour hospitaliser les gazés très graves, le logement des infirmiers, les cuisines.



Vers 20 h,  les Allemands avaient émis ce soir-là du gaz surpalite par des obus de minnenwerfer. Les pertes étaient sérieuses notamment pour la 21ème Compagnie du 332ème régiment. On déplorait beaucoup de morts sur le terrain et 30% à l'ambulance.

Pendant ce temps, le comte Czernin, ministre des affaires étrangères de l'empire austro-hongrois, semblait vouloir entrer en pourparlers de paix et la proposition du président des Etats-Unis Wilson devait à priori être étudiée. Hertling, chancelier de l'empire allemand, était moins décidé. Néanmoins, la thèse de Ludendorff et Hindenburg, respectivement général en chef et chef du grand Etat-Major de l'armée allemande, ne semblait pas devoir être suivie. Les critiques n'osaient pas affirmer que l'attaque allemande aurait bien lieu en Angleterre. Le Labour Party critiquait le gouvernement.

Le 27 janvier, je déjeunais avec les officiers américains de l'ambulance 13 qui me réservaient un bon  accueil.
Joseph de Laurens faisait une demande pour obtenir une fonction à l'état civil de la Ière Armée.

Le 28 janvier, je lisais que les valeurs métallurgiques étaient un peu en hausse.
En plus des 42 hommes du 63ème Régiment d'Infanterie commandés par le sous-lieutenant Raguin et 6 hommes du Génie, il nous arrivait 13 hommes de plus du 63ème RI, 35 hommes du 155ème RI commandés par le sous-lieutenant Prevost et 22 hommes du GBC 32. Notre effectif était de 152 hommes.

Avec le médecin aide major Tierny, nous partions le lendemain à 7h pour Toul, avec la voiture du personnel. Il y avait du brouillard et le chemin était glissant. A notre arrivée, vers 10h30, nous achetions des vivres à la coopérative pour 490,20 francs. Nous remarquions la présence de jeunes italiens dans cette ville.

Le 30 janvier, Joseph de Laurens se faisait porter à Toul au train de 8h17. Il partait en permission pour une dizaine de jours. Les travaux continuaient.

plaque commémorative rue de Choiseul à Paris



Dans la nuit, seize avions, des Gothas numéro II Friedrichshafen de 520 chevaux avec trois personnes à bord, le pilote, un mitrailleur à l'avant et un mitrailleur à l'arrière, avaient bombardé Paris, faisant 47 morts et 204 blessés.








Le médecin divisionnaire Cros rentrait, le 31 janvier, de sa permission d'un mois à Oran. Je demandais du matériel pour 250 lits. Couvert et Veillon devaient être relevés. Un groupe d'artillerie du 2ème Corps d'Armée Coloniale arrivant, les GBC quittaient une baraque pour loger au numéro 70.

Le 1er février, Monsieur Pinat venait déjeuner avec nous. Les travaux continuaient et nous faisions une demande à Monsieur l'Inspecteur pour obtenir des tombereaux.

Le 2 février, les cantines de Monsieur Pinat qui partait en permission de 10 jours, étaient déposées dans la chambre de Tierny. Une note nous confirmait le message du 30 janvier annonçant l'envoi en gare de Dieulouard d'un hangar Bessonneau. Un message téléphoné de la direction annonçait qu'un envoi de 6500 kilos de matériel pour l'ambulance était parti de Saint Dizier en date du 1er février vers la gare de Ménil-la-Tour. Une note de Monsieur Ferraton, médecin inspecteur de la Ière armée, nous prescrivait de bien préciser les déclarations des propriétaires Burgaux, Michel et Millet, sur leurs parcelles plantées en vigne et luzerne.

Le 3 février, le médecin divisionnaire venait à Rogéville se rendre compte de l'exécution des travaux. Il y avait du brouillard, puis de la clarté et du gel dans la nuit. Le lendemain, il faisait beau. Je répondais à la demande de Monsieur Ferraton en lui adressant un rapport sur les parcelles occupées.

 Le 5 février, dix hommes détachés du GBC bénéficiaient d'une permission. Je demandais à la direction du service de santé qu'ils soient remplacés. La section de la 10ème compagnie du 155ème RI était relevée et se rendait à Jonc de Vaud. Les travaux se poursuivaient et nous avions entre 2 et 3 heures, la visite sur le chantier de Monsieur Cros, médecin divisionnaire.

Le 6 février, le sous-lieutenant Raguin était rappelé à Dieulouard.

La presse relatait la tenue du conseil supérieur de guerre interallié à Versailles du 30 janvier au 2 février. Il y avait été décidé la continuation de la guerre. Par ailleurs, Paul Bolo passait devant le conseil de guerre. Il avait financé en 1916 l'acquisition par Charles Humbert du quotidien conservateur et nationaliste, le Journal, et il était soupçonné d'avoir financé cette opération avec de l'argent allemand.


Le 7 février, j'envoyais ma demande pour obtenir une affectation au Maroc à Monsieur Vigouroux.
Je lisais dans le journal que les Ukrainiens avaient fait prisonnier un maximaliste, c'est à dire un bolchevik qui rejetait les réformes et voulait la révolution.

Le 8 février, la direction téléphonait qu'un hangar Bessonneau à  destination de Dieulouard partait de Toul. La division nous prévenait en même temps que six wagons de matériel étaient en gare de Manoncourt et qu'il était urgent de retirer ce matériel. Il fallait s'enquérir des moyens de transport. Le capitaine du CVAD -ou convoi administratif- à qui je m'étais adressé m'avait répondu par la négative. Par erreur, le matériel avait été adressé à l'ambulance 15/17.
Monsieur Cholet, lieutenant de vaisseau avec trois galons, commandant un groupe de marins installant des batteries de 160, était venu à notre popote à midi. Le soir, nous prenions en subsistance le lieutenant Meley du 63ème Territorial, remplaçant le sous-lieutenant Raguin.
La direction nous téléphonait que l'ambulance allait recevoir un renfort de 25 hommes.

Le 9 février, j'étais allé à Manoncourt reconnaître les six wagons avec le matériel adressé par erreur à l'ambulance 15/17. Il s'agissait des wagons 3216, 4004, 4008, 9056, 3002 et 451. Le 451 contenait cinq tentes Bessonneau, les cinq autres wagons étant réservés à une baraque de santé. Il était nécessaire de s'entendre avec le médecin divisionnaire pour obtenir les moyens de transport, le matériel devant être déchargé le 10 février avant midi. Par ailleurs, un message téléphoné annonçait l'arrivage pour le lendemain de six autres wagons et donnait l'ordre de demander 14 chevaux au GBC et à l'ambulance 6/6 à Saint Georges.
Une demande devait être faite par la Station Magasin de la 42ème division pour avoir quatre camions  plate-formes en gare de Manoncourt le 10 février à 8h.
La Direction m'avait prescrit de désigner un homme du Service pour Salonique. Là-bas, le Général Guillaumat avait succédé le 14 décembre 1917 au Général Sarrail. Son objectif était de maintenir la solidité du front de Macédoine. Il devait poursuivre le plan de lutte contre le paludisme et redresser la situation de l'Armée d'Orient et pour cela il avait besoin de renforts. Ainsi, le 10 février, l'infirmier Boisard de notre ambulance était désigné pour Salonique. Il devait nous quitter le 13 février et une permission de dix jours lui était accordée.
Le chef de gare de Dieulouard nous prévenait que le hangar Bessonneau était en gare. Dix hommes partirent à Manoncourt pour décharger le matériel. Nos fourgons portèrent les cinq tentes Bessonneau et quelques panneaux de la baraque de santé.

Le 11 février, un message téléphoné annonçait que les quatre camions plate-formes demandés seraient en gare de Manoncourt à 8 heures.
De source sûre, j'apprenais que les jours précédents, nous avions été très près de la paix, mais que tout était à nouveau rompu. Un coup de main sérieux, avec une préparation de grande envergure, était prévu pour le 12 février au niveau du Pont de Metz, à Limey, par un bataillon du 94ème RI.
La "saucisse" de Martincourt venait d'être brûlée par des avions boches. Ce fut la surprise complète et aucun coup de canon ni de mitrailleuse n'avait été tiré contre eux. Le parachute paraissait ne pas avoir fonctionné, il s'était retourné et son allure de descente était très grande. L'appareil boche qui avait brûlé ce ballon captif 82 était camouflé, avec une cocarde tricolore. L'observateur, le lieutenant Parizy, avait été relevé à 1 km du treuil, dans le coma, ses jambes brisées et le crâne fracturé. Il avait pu recevoir la croix de la légion d'honneur, sur le terrain, quelques instants avant sa mort.
Durant toute la soirée et la nuit, il y avait eu une action d'artillerie très intense, faisant plutôt ressembler cette démonstration à une attaque qu'à un coup de main.

Le lendemain, un barrage roulant eut lieu à 6h. Le coup de main prévu était réalisé par le 94ème RI en 26 minutes. Il y eut 24 prisonniers et une usine lance gaz aurait été détruite.
A 16 heures, tout le matériel était rentré, quatre camions étaient à Manoncourt et quatre autres à Dieulouard pour récupérer le hangar Bessonneau.
Lessard rentrait ce jour-là de permission avec du retard.

Le 13 février, nous avons été obligés de suspendre les travaux de terrassement à cause de la pluie.
Le capitaine Raden faisait une chute de cheval. Il présentait des contusions sans gravité.
Nous avons effectué un contrôle sérieux du matériel reçu pour construire le hangar Bessonneau et avons trouvé qu'il manquait une caisse à outils pouvant contenir l'instruction pour le montage. Lugrin et deux hommes du Génie furent envoyés au parc d'aviation de Saizerais pour se rendre compte de la technique de montage de ce hangar.

Le 14 février, j'allais à Dieulouard pour m'assurer que la caisse manquante n'était pas restée en gare, mais je n'avais pu rien savoir à ce sujet. Tout laissait croire qu'elle manquait à l'envoi. L'arrivée de quatre wagons et de deux baraques Adrian à décharger au plus vite, était annoncée dans cette gare. Une demande de camions pour les enlever avait été faite à l'Armée. Par ailleurs, à la gare de Manoncourt, le matériel de cuisine, de chauffage et des poussettes Peugeot pour le transport des blessés étaient à récupérer.

Le 15 février, Joseph de Laurens rentrait de permission à 10 heures. Nous recevions l'ordre d'envoyer une équipe à la gare de Dieulouard pour décharger ce qui était arrivé. Il était prévu de déposer le matériel le lendemain.
Un raid d'avions sur la gare et le village de Dieulouard faisait une vingtaine de victimes, dont neuf tués et parmi eux un civil.

Le 16 février, le matériel était transporté par camions plate-formes.
Des avions avaient lancé des bombes à 500 mètres de Villers, faisant quatre morts dont un civil. Le centre ville de Dieulouard était entièrement détruit, les habitants avaient quitté leur habitation le soir dès 5 heures et s'étaient réfugiés dans les abris situés dans le bois Sud. La plupart avaient décidé de déménager. Les Allemands s'acharnaient sur ce village.
Le lendemain, des tirs entre avions avaient été faits le soir entre 20h et 22h, tuant deux sous-officiers d'artillerie.

Le 18 février, Monsieur Cholet nous quittait pour aller à Ottrott entre Saint-Jean et Lironville. Monsieur Meley nous quittait aussi pour aller à au ravin de Saint-Jacques.
Encore un raid d'avions ce jour-là.

Le 19 février, je recevais ma permission. Les poêles prévus pour le chauffage étaient retirés de Manoncourt.

Le 20 février, le lieutenant de vaisseau Cholet recevait l'ordre de rentrer à Paris à la Direction Générale de la Guerre Sous-Marine, la DGSM. Il nous exprimait ses regrets de ne pouvoir nous conduire à Toul. Marican et Fay venaient déjeuner à la popote. Langelier rentrait de permission. Il avait été décidé que Maurin et Van Holstein resteraient à la popote.

Le 21 février, deux baraques Adrian rentraient de Dieulouard.

Le 22 février, c'était pour Vilas et moi, le départ en permission. La voiture du personnel nous portait à Liverdun. Nous prenions le train de 22h06 à Toul pour arriver à Paris le lendemain à 7h du matin. Nous occupions notre journée dans l'attente d'un train pour Montauban en gare d'Orsay à 19h15. A midi, nous avions été au petit Marguery, dans le quartier des Gobelins, et l'après-midi au casino.
J'arrivais à Mazamet le 24 février à 16h. Je profitais de cette permission jusqu'au 7 mars, avec la pluie, la neige et le givre au programme.
Mon frère René n'avait pas pu venir. Il se trouvait dans le secteur de Saint-Mihel. Le 20 février, il y avait eu un coup de main de l'ennemi sur l'un des postes avancés du 6ème régiment d'infanterie coloniale auquel il appartenait. La résistance énergique de ce régiment avait empêché l'ennemi de continuer son attaque.


 Paul Vidal et Germaine Serres, après la guerre




J'avais pu rencontrer mon cousin germain Paul Vidal, lui aussi en permission avant de rejoindre au mois de mars le 58ème régiment d'infanterie auquel il avait été rattaché à partir du 27 février 1918. Ce régiment se trouvait à l'Ouest de Monastir, pour combattre contre les Bulgares, dans l'armée d'Orient. Paul arrivait des Vosges, là où se trouvait le 5ème bataillon de chasseurs grenadiers de la 25ème compagnie qu'il venait de quitter après y avoir été rattaché pendant une année.







Les gouvernements des empires centraux menés par l'empire allemand venaient de signer le 3 mars un traité à Brest-Litovsk, en Biélorussie, avec la jeune République russe bolchévique. Ce traité mettait fin aux combats sur le front de l'Est et permettait à l'empire allemand d'annexer l'Ukraine, la Biélorussie, les Pays Baltes et la Pologne.

Ma mère, Jean et Vovo, Louise, à Mazamet, chez mes parents




Le 4 mars, j'étais présent pour fêter en famille les 8 ans de ma petite Vovo et le 7 mars, je repartais à 17h de la gare de Mazamet.



 A 21h, je retrouvais Vilas à Montauban. Nous arrivions le lendemain à 10h à Paris.





Après avoir déjeuné chez Coeurdoux, nous occupions notre après-midi au jardin des plantes, rue Buffon et nous rendions au Brébant.















Puis, nous passions la soirée au théâtre du Gymnase où se produisait l'actrice Kiki ainsi que Gabriel Signoret, Mademoiselle Spinelly et Marcelle Praince. A 21h, il y eut une alerte d'avions. Personne ne voulait quitter la représentation. Des bombes étaient tombées sur le boulevard Montparnasse et dans le quartier de la gare de l'Est. Les gens se réfugiaient dans le métro et dans les caves. Il fallait encore avoir du cran. Un Gotha avait été abattu vers Château-Thierry.
Le 9 mars, nous quittions Paris à 8h pour arriver à Rogéville à 20 h. L'ambulance était au complet. Monsieur Morin, lieutenant du service de santé territorial, était parti en permission. Nous pouvions constater que l'ambulance s'était étendue par ses constructions durant notre absence.
Le lendemain, les avions retournaient sur Paris. Nous étions en repos dominical.
Le lundi 11 mars, les toiles de  côté étaient mises au hangar Bessonneau. Quatre avions avaient été abattus : trois Gothas et un Friedrichshafen. Chaque Gotha de 520 chevaux transportait 4 passagers et 650 kilos d'explosifs, le Friedrichshafen avait aussi 4 passagers, 1000 kilos d'explosifs et son poids mort était de 2500 kilos.
Le lendemain, une troisième tente Bessonneau était installée du côté Ouest et la couverture du hangar était réalisée.
Le 13 mars, nous avions la visite de Monsieur Bilouet, médecin inspecteur, et les travaux continuaient.
Sur la crête au sud de notre cantonnement, l'ambulance 2/55 de la 165ème division d'infanterie commençait la construction d'une ambulance pour les éclopés et les intoxiqués légers, dénommée "ambulance des minimes".
Le 14 mars, encore un raid d'avions sur Paris faisait 106 morts et 79 blessés dont 66 étouffés dans le métro.
Je lisais dans la presse que Baker, ministre de la guerre aux Etats-Unis, était arrivé en France le 10 mars et que Clemenceau était absent. Concernant l'affaire Bolo, son avocat Monsieur Aubert donnait communication du télégramme numéro 5 de Bernstorff à Von Jagow. Le nom de Bolo n'y figurait pas. Le pourvoi de Bolo et Porchère avait été rejeté.
Le 15 mars, notre médecin chef partait en permission exceptionnelle de trois jours, ayant reçu une lettre alarmante de sa famille, la veille. Le médecin aide major Canac arrivait pour remplacer Camille Massina.
Tierny était prévenu de son affectation prévue pour le 21 mars au 129ème régiment d'infanterie appartenant à la 69ème division.
Le 16 mars, je m'étais rendu à Nancy pour divers achats et j'étais allé déjeuner à Liverdun avec Tierny.
J'étais retourné à Nancy le 19 mars après-midi avec Van Holstein. J'avais pu dîner avec un Tarnais, Edmond Rives, au Majestic Hôtel et nous étions rentrés à 22h.
Le 20 mars, nous aménagions trois tentes Bessonneau et une baraque de santé avec 120 lits.
A partir du 21 mars, Monsieur Van Holstein ne venait plus à la popote de notre ambulance, mais mangeait avec ses sous-officiers. Tierny rejoignant son affectation, je reprenais un lit au numéro 47. Ce jour-là, un commandant du 101ème régiment d'infanterie, inspecteur des effectifs, passait à l'ambulance. L'offensive ennemie prévue par Ludendorff était déclenchée. Cette offensive baptisée "bataille du Kaiser" commençait par l'opération Michael, contre l'armée britannique, par surprise, et d'une violence inouïe. Elle mettait aux prises 6000000 d'hommes. Il s'agissait d'une avance gigantesque et très rapide. Cette attaque sensationnelle se faisait sur 400 km de front par tous les moyens. Les Allemands avaient en vue de couper les armées françaises et britanniques et d'arriver à la mer. Le danger était extrême et suite à la demande de LLoyd George, Pershing  décidait d'envoyer 120000 soldats américains par mois.


 Louis Maufrais se trouve  tout à droite, sur cette photo.






Le 22 mars, Louis Maufrais, médecin aide major de deuxième classe, arrivait à l'ambulance. Il venait du 40ème régiment d'artillerie.









Je me rendais à Saizerais et à Toul. Monsieur l'Inspecteur, en visite à l'ambulance, était satisfait des travaux.
Le 23 mars au matin, on apprenait que l'opération Michael avait fait 16000 prisonniers anglais et que les boches avaient pris 200 canons.Le lendemain matin, à 8 heures, un communiqué allemand faisait état de 25000 prisonniers et de la prise de 500 canons anglais. A midi, l'Impartial de l'Est annonçait que Paris avait été bombardé le 23 mars de quart d'heure en quart d'heure par une pièce de 240 mm tirant de 120 km. Cela m'étonnait mais il semblait que cela était mathématiquement possible avec un canon de 70 mètres de long. A 20 heures, un nouveau communiqué boche annonçait 45000 prisonniers et la prise de 600 canons. Leurs troupes avaient avancé de 20 kilomètres, elles se trouvaient à Ham et à Coucy-le-château.
Le 25 mars, les Allemands étaient à Arras, Croisilles, Combles, Maurepas, Peronne, Ham et  Coucy-le-château. Un communiqué français à 16 heures précisait que nos troupes soutenaient le terrible assaut devant Noyon et que le canon à longue portée avait tiré toute la journée sur Paris.
Le 46ème régiment d'artillerie partait dans la nuit vers Toul pour embarquer. Nous recevions un message, nous prévenant de nous tenir prêts à partir. Ce jour-là, nous étions rattachés à la VIIIème armée.
Le 26 mars, les Allemands poursuivaient leur avancée, Noyon était pris et l'ennemi était devant Albert. L'état-major de notre 32ème Corps d'armée venait de quitter Saizerais, celui de notre 42ème division quittait Villers-en-Haye pour se rendre à Saizerais.
Le lendemain, Albert était pris et les Anglais cédaient du terrain pied à pied. Nos troupes étaient sur la rive gauche de l'Oise et les Allemands avaient passé la Somme.
La 165ème division se concentrait à Toul. Le général Passaga commandait le Détachement d'Armée de Lorraine, le D.A.L, à Toul, alors que le général Deville commandait le 32ème Corps d'Armée.
Le médecin Louis Maufrais devait nous quitter temporairement pour regagner le 332ème Régiment d'Infanterie.
Le 28 mars, l'ennemi était à Albert, à Montdidier et à Roye. La situation était angoissante : un communiqué allemand annonçait à 3 heures l'évacuation d'Amiens.
Le 29 mars, la situation se stabilisait entre Noyon et Moreuil que les Allemands occupaient. L'ennemi se trouvait à 3 kilomètres de Corbie. Le canon bombardait toujours Paris, un obus était tombé dans l'église Saint Gervais située derrière l'hôtel de ville, tuant 75 personnes et faisant 90 blessés. L'obus avait pulvérisé le toit, pendant l'office du vendredi saint.
Le 30 mars, nos troupes reprenaient Moreuil à la baïonnette : cette ville avait été prise et reprise deux fois. L'effort ennemi semblait se porter sur l'aile gauche anglaise pour refouler les Britanniques vers la mer. Un bombardement avait lieu sur Doullens et une attaque faite par 10 divisions sur Arras avait échoué. Le général Ferdinand Foch était généralissime sur tout le front, les Britanniques avaient enfin accepté ce commandement unique. A cette date, il y avait 75000 prisonniers et  la prise de 1100 canons. Le mauvais temps sévissait et cela avait contribué à l'arrêt de l'offensive dès le lendemain.
Le 1er avril, la 1ère division américaine quittait Ménil-la-Tour pour se rendre dans la Somme. La 42ème division américaine venait la remplacer.
Le 3 avril, Henri Fay et Louis Maufrais qui étaient revenus à l'ambulance 1/10 respectivement le 31 mars et le 2 avril, étaient envoyés à l'ambulance 13/11. Le canon et les Gothas attaquaient Paris. L'ennemi s'était emparé de Marcelcave et avançait difficilement sur Villers- Bretonneux.
Le 4 avril, il n'était plus question de départ pour notre ambulance.
Le 5 avril, nous maintenions l'ennemi. Son offensive avait diminué d'intensité mais une lutte âpre se poursuivait dans la région de Moreuil et au nord de la Somme.
Le 6 avril, il y eut à nouveau des bruits de départ, nous étions prévenus de nous tenir prêts et le lendemain l'ordre de départ arrivait. Il était fixé au 8 avril, pour parcourir 13 kilomètres et faire étape à Francheville.
Je prenais connaissance de l'appréciation écrite dans mon dossier militaire par le médecin chef de l'ambulance 1/10 pour le premier semestre de1918 :



" Assure son service d'officier d'approvisionnement avec le plus grand soin. Utilise à ce titre et comme gestionnaire des connaissances de comptabilité commerciale. Est susceptible de gérer une formation plus importante où il donnerait la mesure de sa valeur. Mérite d'être proposé pour le grade supérieur."

Depuis notre arrivée à Rogéville, notre ambulance 1/10 avait édifié un hangar Bessonneau, six tentes Bessonneau, cinq baraques Adrian, deux baraques de santé, une cuisine et deux abris de bombardement. Les routes d'accès avaient été empierrées par nos soins. Nous allions y laisser des regrets.









mardi 12 décembre 2017

*17* Officier d'approvisionnement de l'ambulance 1/10, à Ménil-la-Tour, du 21 octobre 1917 au 17 janvier 1918.

Au début du mois d'octobre 1917, alors que je profitais d'une permission dans le Tarn, j'adressais mes sentiments respectueux et dévoués au médecin chef Jules Sottas de l'ambulance 1/10, avant de rejoindre cette ambulance le 21 octobre à Trondes, en Meurthe et Moselle.  Elle s'y trouvait au repos après son départ de Verdun et venait de passer comme la 42ème division d'infanterie et le 32ème Corps d'Armée à la VIIIème armée commandée par le Général Gérard.



Durant mon voyage, je feuilletais l'agenda militaire Berger-Levrault qui couvrait la période d'octobre 1917 à septembre 1918. Une pensée me servait de marque-page.







Cet agenda donnait de multiples informations. On y trouvait les abréviations militaires, des renseignements sur les emplacements des troupes, les colonies et protectorats français, les principes de commandement, l'avancement général, l'instruction et l'éducation des troupes, l'organisation dans l'armée et les propriétés tactiques des différentes armes, l'outillage des corps de troupe, les transports par chemin de fer, l'approvisionnement et le remplacement des munitions, les effets des projectiles, les punitions, les permissions, l'hygiène et les soins aux blessés, les tarifs de solde et les allocations individuelles, les prestations d'alimentation, les indemnités pour charges de famille, le chauffage et l'éclairage, les soins envers les animaux, la tenue de campagne, les modalités de marche, le service des postes. Quelques pages vierges étaient attribuées aux notes personnelles.

Le 22 octobre, l'officier gestionnaire Joseph De Laurens et le pharmacien Marcel Vilas partaient en permission tandis que notre médecin chef Jules Sottas quittait l'ambulance, ayant été affecté au service de santé du gouvernement militaire de Paris. Le médecin major de 2ème classe Benoît Pinat arrivait le 23 octobre du Maroc pour le remplacer. Le médecin Camille Massina rentrait de permission le 27 octobre.

Le 3 novembre, par une belle après-midi ensoleillée, nous quittions Trondes à 12h30 pour nous rendre à une dizaine de kilomètres, à Ménil-la-Tour, où nous arrivions à 14h30 pour nous installer dans les locaux de l'ambulance 5/20 qui devait quitter les lieux le lendemain matin. Notre formation devait assurer les soins aux intoxiqués par les gaz. Nous relevions du médecin divisionnaire de la Division Marocaine, le docteur Spillmann.


soldat de l'ambulance posant avec les rats




Nous constations à notre arrivée des dégâts liés à la présence de rongeurs dans les locaux qui avaient besoin d'un grand nettoyage. Des nasses furent installées pour les capturer au plus vite afin de limiter les désagréments et éviter la prophylaxie de la peste. On utilisait aussi dans ce but les chiens ratiers. Par ailleurs, les soldats qui en capturaient un grand nombre pouvaient prétendre à une petite prime.
N'ayant pas encore d'hospitalisés, nous avons pu faire des travaux dans l'ambulance et assainir ce cantonnement.








Mon fils Jean, âgé de 5 ans, m'avait envoyé le 11 novembre une jolie carte postale.












Je pouvais constater ses progrès en écriture, grâce aux bons conseils de Mademoiselle Bouisset et Madame Bosc, les institutrices qui assuraient la classe aux enfants d'Albine.

Je recevais aussi des nouvelles du chirurgien Henri Fay parti en permission à Nice depuis le 9 novembre.







Durant cette permission , il avait profité d'un temps clément et rêvé à ce que l'ambulance 1/10 vienne le rejoindre là-bas, comme il me l'avait écrit sur cette carte postale m'annonçant son retour :
"temps splendide et idéal. Que n'envoie-t-on l'ambulance 1/10 par ici ? L' envierai sans peine. Au 28 en tous cas. Cordiale poignée de mains. Fay"



Mon frère René avait adressé une carte de vœux à ma femme et à mes enfants pour la nouvelle année 1918.


Il leur souhaitait la fin de la guerre pour que je puisse revenir vivre avec eux : "Ma chère Louise, ma chère Vovo, mon cher Jeannot, tous mes vœux , tous mes souhaits pour 1918 et avec à ma chère Louise la fin de la guerre. Et vous mes chers neveux la fin de la guerre aussi pour que papa revienne. Soyez bien sages et devenez des savants. René"

Le 7 décembre, j'appris que je devais me rendre à Liverdun. J'étais détaché au GBC 32 pour terminer le travail d'état civil qui m'avait été confié lors des attaques d'août 1917 à Verdun. Ma mission terminée, je regagnais l'ambulance 1/10 à Ménil-la-Tour, la veille de Noël.

La nouvelle année commençait avec une météo très froide. Notre médecin chef Pinat, parti à Saizerais, au quartier général de la 42ème division, remplacer le médecin divisionnaire Cros parti à Oran pour une permission de 32 jours, venait déjeuner à l'ambulance le 1er janvier.
Le chirurgien Henri Fay, rentré le 30 décembre de permission exceptionnelle, était des nôtres mais devait rejoindre le lendemain l'ambulance 13/11 car il y était détaché.





J'avais pris possession de mon livret de solde pour l'année 1918.

Celui-ci était signé par Monsieur Pallu, sous-intendant militaire de la 42ème division d'infanterie, et par moi-même, en date du 1er janvier.

Il précisait que depuis le mois d'octobre 1915, je déléguais à ma femme la somme de 90 francs sur ma solde.




Chaque fois que je recevrai un paiement au cours de l'année 1918, cela serait inscrit sur ce livret de 12 feuillets. Ainsi une solde mensuelle de 301.50 francs me serait créditée. A cela s'ajouterait un supplément temporaire mensuel de 88.50 francs, une indemnité journalière de frais de bureau de 3 francs, une indemnité journalière d'entretien d'harnachement de 0.15 francs, une indemnité de 25 francs pour deux enfants à charge, une allocation journalière d'usure d'effets de 2 francs, le remboursement de deux rations journalières soit 6,06 francs, une indemnité journalière de tabac de 0.40 francs.



Le 6 janvier 1918, le docteur Massina rentrait de permission prolongée de quelques jours, ayant été bloqué par la neige. Il devait assurer l’intérim  du médecin chef Pinat. Le gestionnaire De Laurens était rentré la veille d'une permission de trois jours.

Le 7 janvier, avec Marcel Vilas, nous allions faire des achats à Nancy.

Le 8 janvier, une attaque de la Division Marocaine sur les deux ailes du bois de Montmare, après une préparation d'artillerie de 12 heures, nous avait fait prendre des dispositions pour accueillir des intoxiqués qui ne vinrent pas. Lors de cette attaque, notre artillerie tira près de 60000 obus à gaz asphyxiant et il y eut environ 200 prisonniers ennemis. Le succès était relatif.

Le lendemain, le calme se rétablissait mais il y avait 10 centimètres de neige et de la gelée, le thermomètre affichait -19°C. Le projet d'établir une ambulance chirurgicale avec la 1/10 et la 13/11 entre Saizerais et Liverdun était abandonné. L’État-major du 32ème Corps d'Armée s'installait à Liverdun et à Saizerais. Ce corps d'armée venait de quitter la VIIIème armée commandée par le Général Gérard pour la Ière Armée commandée par le Général Debeney. Celui-ci remplaçait le Général Anthoine, par mutation réciproque. Ainsi, le Général Anthoine quittait la Ière Armée pour remplacer le Général Debeney comme Major général du Grand Quartier Général. Nous ne dépendions plus du médecin inspecteur Boppe du service de santé de la VIIIème armée mais du médecin  Inspecteur Ferraton en charge du service de santé de la Ière armée.

Le 10 janvier, la Division Marocaine se transportait à Andilly et nous passait le service médical de l'infirmerie du cantonnement précédemment assuré par son GBD, tandis que les services administratifs étaient transférés à notre gestionnaire. Il ne nous était pas envoyé de malades. Le trop plein de l'ambulance 1/6 avait été évacué sur Toul et l'ambulance de Manoncourt avait suffi à la Division Marocaine.

Le 11 janvier, nos locaux étaient visités par une commission médicale américaine. Cette visite leur donna satisfaction. Ces messieurs allaient prendre le secteur. Camille Massina recevait l'ordre du Ministère de rentrer à Montpellier. J'adressai une demande d'affectation au Maroc.

Le lendemain, le thermomètre affichait -20°C et malgré ce froid rigoureux, Monsieur Pinat venait de Saizerais pour déjeuner avec nous. Il nous prévenait par une note que nous serions rendus le 18 janvier à la 42ème division et que nous devrions aller à Rogéville.

Le 13 janvier, Monsieur Darin, médecin major de 2ème classe à l'ambulance 1/6, était envoyé à notre formation pour remplacer Camille Massina. Thierny recevait l'ordre de rejoindre le GBD 42 lorsqu'il serait relevé du 61ème régiment d'artillerie.
Les pourparlers se poursuivaient à Brest-Litovsk entre Russes et Allemands, malgré les exposés des buts de guerre de Lloyd George et Wilson.
Un commandant américain nommé Mackling venu à la formation pour consulter un médecin, ayant la gorge irritée, nous avoua, au grand émoi de l'interprète qui l'accompagnait, que le contingent américain en France se composait de cinq divisions à savoir la 1ère, la 2ème, la 22ème, la 32ème et la 46ème. 

Le 14 janvier, notre ami Camille Massina, relevé du front et appelé à la 16ème Région, nous quittait, emportant nos regrets. La 40ème division du 32ème Corps d'armée était relevée et apparemment remplacée par la 69ème division.

 Je passai l'après-midi à Toul avec Marcel Vilas et Joseph De Laurens. Nous avons dîné à la Comédie, le départ de notre train était prévu à 21h06. Mais, à 20h40, dans la salle des pas perdus, un message express nous prévenait que des intoxiqués étaient emmenés à l'ambulance 1/10. Il fallait rentrer immédiatement.


















Il faisait froid, le ciel était pur avec des tirs sur des avions et de nombreuses fusées sur le parc d'aviation pour prévenir les avions sortis.

Le 15 janvier, il était rentré une trentaine d'intoxiqués, la plupart de la Division Marocaine, peu atteints mais quelques uns cependant avec des phlyctènes. Les Boches arrosaient efficacement nos batteries de gaz moutarde. Nos artilleries n'avaient pu répondre. Cette émission de gaz avait eu lieu malgré une tempête de vent et de pluie qui sévissait depuis 1h du matin. Les journaux parlaient de mesures prises par l'ennemi pour une offensive prochaine, de la fermeture pour deux mois des frontières suisse et hollandaise, de la suspension des permissions. Il semblait que cette offensive aurait lieu le 27 janvier, jour de la fête de l'empereur. D'après Hutin,  cette offensive était prévue :
  •  dans les Flandres de la mer à Armentières.
  •  à la pointe de Saint-Mihiel pour prendre Verdun à revers, et sur Commery pour Bar-le Duc.
  • en Lorraine : Veho,  Reillon, avec le projet d'investir Lunéville.
Hutin était confiant, mais j'avais le regret de ne pas partager son opinion.
Les troupes américaines montaient, j'ai pu voir passer le 18ème régiment d'infanterie, cela annonçait la relève de la Division Marocaine sans tarder.

A cette date, ma loulou s'inquiétait du manque de nouvelles, la correspondance lui parvenant de façon irrégulière à Albine : "Mon chéri, je suis bien ennuyée du manque de correspondance. Je ne sais à quoi cela tient, elle ne me parvient pas régulièrement. Ainsi hier je n'ai rien eu, je n'en suis pas plus sûre aujourd'hui. Heureusement que rien ne fait supposer que quelque chose peut arriver à bref délai. Dans ce cas je serai bien inquiète. Nous allons tous bien et t'embrassons bien fort. Ta Loulou."


Je recevais aussi des nouvelles de mon frère René : Le 6ème colonial avait changé de secteur et se trouvait sur la droite de Saint-Mihiel au bois d'Ailly, dans la forêt d'Apremont.


Le lendemain, il nous arrivait encore des intoxiqués par l'ypérite ou gaz moutarde, vésicants, intoxiqués par le seul fait de vivre quelques heures sur des terrains ayant reçu des gaz qui pouvait entraîner aussi conjonctivites, sécrétions abondantes des glandes lacrymales, vomissements, brûlures aux mains, affections pulmonaires. L'ennemi pouvait envoyer au cours d'un bombardement des obus contenant un produit destiné à provoquer des éternuements et à obliger les soldats à enlever leur masque de protection. Les officiers et les hommes de troupe étaient entraînés au port du masque par des exercices fréquents et il avait été vérifié que le froid ne diminuait pas son efficacité.  Régulièrement, on faisait tester cette efficacité par un passage dans une chambre d'essai possédant des ampoules de bromure de benzyle. Le médecin divisionnaire rappelait la nécessité de garder le masque et de porter des gants spéciaux, pour se prémunir lors des attaques.
Les hommes de la 42ème division utilisaient le masque Tissot avec des cartouches à bois, invention du docteur Tissot. Plus tard, mes petits-enfants, interrogatifs, avaient découvert un tel masque lors de leurs jeux dans mon grenier.
En octobre, le médecin chef Jules Sottas avait participé à Nancy à une conférence sur la thérapeutique des intoxiqués. Le traitement consistait à  déshabiller les victimes de ces attaques chimiques, leur donner une douche chaude avec de l'eau bicarbonatée à 20 grammes par litre, sans oublier le lavage des yeux avec cette même solution. Leurs effets étaient mis à tremper dans une solution au bicarbonate de soude à 5g par litre, puis mis à sécher. Il fallait attendre plusieurs jours avant de réemployer ces effets.

Notre départ de Ménil-la-Tour étant prévu pour dans deux jours, Monsieur Spillmann nous conseillait d'évacuer les 38 hospitalisés sur Toul, nous envoyant à 15h30 quatre voitures sanitaires à cet effet. A 17h, un ordre de la 42ème division d'infanterie nous ordonnait de quitter Ménil-la-Tour dès le 17 janvier. Après quelques échanges de communications téléphoniques, à 21h, un nouvel ordre émanant du Docteur Bilouet de la 42ème division nous prescrivait de ne partir que 24h après l'arrivée des remplaçants.
La tempête s'était calmée vers 19h et le temps était au beau fixe.

Comme prévu, le 17 janvier, l'ambulance américaine numéro 13 arrivait. Durant la matinée, on évacua les intoxiqués et les hommes de l'infirmerie.
Le médecin chef arriva dès 9h, accompagné de deux autres médecins. Ils étaient fort gentils et déjeunèrent avec nous. Le personnel arriva à 14h avec le matériel transporté dans 17 camions. Deux voitures de tourisme transportaient les officiers. Les deux camions de provisions manquaient à l'appel. Ils s'étaient dirigés vers Bernécourt. A 15h, nous passions le service et tout se fit dans de bonnes conditions. Le soir, deux services de table avaient été nécessaires, nous étions seize, douze de chez eux pour quatre de chez nous. Nous apprenions que leurs divisions comprenaient apparemment 28000 hommes alors que l'effectif combattant n'était guère plus élevé que le nôtre, soit 12 à 15000 hommes.
Je voulais comprendre à quel grade correspondait chacune de leurs insignes. J'appris ainsi que les sergents avaient 1 ou 2 ou 3 triangles  suivant qu'ils étaient de section, de compagnie ou de bataillon.
Tous les officiers, quel que soit leur grade, possédaient un galon d'or sur le bras. Leur grade était indiqué par des attributs au niveau du col ou de l'épaule :
  • le galon de la manche seulement, pour le sous-lieutenant.
  • une barre blanche en métal sur l'épaule pour le lieutenant.
  • deux barres blanches en métal sur l'épaule pour le capitaine.
  • une fleur d'or sur l'épaule pour le commandant.
  • une fleur d'argent sur l'épaule pour le lieutenant-colonel
  • un aigle pour le colonel.
  • une étoile pour le lieutenant général.
  • deux étoiles pour le brigadier de division.
  • trois étoiles pour le major général.

Malgré les circonstances et ce conflit qui n'en finissait pas, nous avions passé une agréable soirée en leur compagnie. Paradoxalement, au bout de ces trois longues et rudes années, la solidarité internationale nous avait fait espérer une issue, et cette guerre avait au moins l'avantage de favoriser le tissage de liens avec des soldats de toutes nationalités.


NB : ce message s'adresse à RB qui souhaite me contacter. Il suffit de me laisser vos coordonnées à l'adresse ernestouvidal@gmail.com pour que je puisse vous répondre.