vendredi 24 janvier 2014

*7* Infirmier à l'Hopital de Rosendaël, d'octobre à décembre 1914.


A notre arrivée à Dunkerque, le 15 octobre 1914, notre chef de détachement nous laissa sur le port pour aller prendre des renseignements à la Place militaire de Dunkerque.
Comme il tardait à revenir, nous avons entamé, vers 10 heures, nos vivres de réserve. 





Quelques minutes après,  Monsieur Marcial revint, avec l'ordre de nous rendre à 3 kilomètres, à Malo-les-bains.





Notre cantonnement était situé dans une école qui venait d'être évacuée par des troupes belges. La couche de paille était bien mince, et la place bien réduite par rapport à la quantité d'hommes à loger. Je prévoyais une mauvaise nuit, mais j'eus la chance de trouver une dame propriétaire d'une villa qu'elle occupait pendant l'été, qui voulut bien m'offrir une chambre. Presque toutes les familles logeaient des militaires, beaucoup cédaient leur lit et dormaient sur une chaise.

Un "taube"  (source : wikipédia)
Arrivés à l'école, nous entendîmes un ronflement de moteur : c'était un aéroplane qui survolait la ville. A la coupe de ses ailes et à la forme fuselée de sa queue, on reconnut un "taube". Aussitôt, on tira dessus avec canon, mitrailleuse, fusil, mais il volait si haut qu'il fut impossible de l'atteindre. Il fila sur la haute mer pour regagner sans doute la Belgique. Un second pointait à l'horizon, mais reprit le large dès la canonnade. Plus tard, un autre survola Malo et Dunkerque.

Ce jour-là, la distribution de vivres se fit tard. Aussi, beaucoup ont mangé en ville. Les repas se faisaient à la bière, boisson à laquelle je me suis habitué facilement.
Dunkerque et Malo, en dehors d'innombrables troupes qui s'y trouvaient, recevaient constamment une multitude d'émigrants obligés de quitter leur pays envahi par les Allemands.
Nous avons vu l'Indore, grand paquebot anglais à destination de France ou d'Angleterre, transportant des passagers belges.






J'ai trouvé que Dunkerque était une ville très propre, avec un bel hôtel de ville, une cathédrale, et un port de commerce très actif.
Le lendemain de notre arrivée, le détachement se rendit à l'hôpital militaire de Dunkerque pour être présenté au médecin chef et à l'officier commandant la première section. Les repas étaient servis à l'hôpital.

Nous avons vu des troupes belges se dirigeant vers Boulogne, Calais ou Brest, 1500 soldats environ transportés par 5 transatlantiques. Des groupes d'émigrants belges  se dirigeaient vers le Centre, quittant leur foyer, laissant derrière eux tout ce qui leur était cher, n'emportant qu'un maigre baluchon. Une femme, violée par 6 allemands, m'avait arraché les larmes ... le viol était devenu une arme de guerre, les Allemands menaient délibérément une campagne de terreur sur la population locale.
Nous achetions le tabac très bon marché : pour un paquet de 50 grammes, 5 sous les cigarettes et 5 sous le paquet, 2 boîtes d'allumettes pour 1 sou. C'était de la marchandise belge, en contrebande, mais tout était permis. De même  pour l'argent, tout avait cours. Je collectionnais les billets belges de 2 francs et les marks allemands.

Deux postes de secours avaient été constitués à 4 kilomètres de la frontière franco-belge, au fort des dunes sur la commune de Leffrinkoucke, et au Chapeau Rouge, à 17 kilomètres du front qui se trouvait à Furnes, en Belgique. Nous y étions souvent de garde.  Nous restions à l'estaminet du Chapeau Rouge, attendant des ordres, avec à notre disposition une cantine médicale et quelques brancards, pendant que des patrouilles sillonnaient l'immense plaine plantée de betteraves.

Les allemands se trouvaient sur une ligne Ostende-Dixmude. Les avions français faisaient la chasse aux "taubes" et arrivaient  parfois à en descendre.




A Dunkerque, j'ai eu l'occasion de voir des automitrailleuses de fabrication française et allemande. Un officier belge avait été tué dans l'une d'elles, le mitrailleur blessé ainsi que le conducteur.






Le 22 octobre, j'ai croisé 2 groupes de la 6ème section d'infirmiers militaires avec du matériel et 3 bataillons d'artillerie du 61ème régiment d'artillerie de campagne, avec des chevaux bien fatigués, en route vers la Belgique. Les Allemands les avaient surnommés les "diables noirs", lors de la bataille de Pierrepont, le 22 août dans les Ardennes. La tenue noire, les visages et les mains noircis par la poudre à canon de ces artilleurs, saisissaient d'effroi les soldats ennemis. Dans la nuit, ce régiment est passé au complet.


nous montons une tente Bessonneau





De corvée à l'hôpital de Rosendaël, je devais participer au montage d'une tente Bessonneau.









 Fin octobre, la bataille de l'Yser fit beaucoup de victimes. Un détachement de la 1ère section d'infirmiers avait été envoyé à Zuydcoote et 50 hommes de notre 16ème section d'infirmiers dont 2 sergents, Daumière et Bataille, avaient été pris à l'infirmerie de gare.
Dans la matinée du 24 octobre, il y eut 14 morts à l'hôpital de Rosendaël. A midi, on nous apporta un mort venant de Dixmude, un capitaine de la coloniale, décoré de la légion d'honneur. Les hommes avaient fixé un bouquet sur sa tunique et une croix dans ses mains.

Un beau jeune officier originaire de Bidart, Louis-Marie Eugène Sérieyx, - voir sa photo  - enseigne de vaisseau affecté au troisième bataillon du premier régiment de fusiliers marins, avait aussi été grièvement blessé dans la journée, à Dixmude, à la tête de ses hommes, en repoussant brillamment les attaques répétées de l'ennemi. Il est décédé dans notre hôpital.
Le même jour, 3 allemands blessés sont arrivés, deux d'entre eux sont morts dans la nuit, le troisième qui parlait très bien le français a survécu.
Le 25 octobre, de garde comme infirmier major, j'ai assisté à l'entrée de 9 cadavres venant de la gare et à un décès des suites d'une gangrène, en salle. On a accueilli ce jour-là 10 blessés, des belges et des français.

l'aviateur de Rose
(source : Icare n°85)

Parmi eux, il y avait l'aviateur  Charles de Rose et son mécanicien, que j'ai dû panser.
D'après ces blessés, le champ de bataille était couvert littéralement d'hommes morts ou blessés, de part et d'autre. Les Allemands bombardaient Dixmude qui était  incendié, mais le premier régiment de fusiliers marins commandé par l'amiral Ronarc'h ne lâchait pas. Le lendemain, affecté au cabinet des pansements, je recevais 80 blessés plus ou moins mutilés et la morgue était généreusement garnie. Le 28 octobre, encore 100 blessés, avec parmi eux, des soldats de la 31ème division volante et des 96ème et 81ème appelés en renfort par le général Foch, pour lutter contre des forces trois fois supérieures.



La reine des Belges vint ce jour-là dans notre hôpital pour rendre visite aux blessés.

Une bombe lancée par un "taube" à côté de l'Hôtel de ville avait blessé une fillette. C'était le premier bombardement sur Dunkerque. Suite à cet évènement, les quartiers ont été consignés en permanence.
Le Docteur Boulet, un médecin très dévoué et d'une extrême gentillesse, avait beaucoup de travail.





Le 30 octobre, j'ai accompagné des blessés au Duguay-Trouin transformé en navire-hôpital.










C'est alors que j'ai vu dans le port des bateaux de guerre anglais ressemblant au "Vergniaud", et quantité d'obus de gros calibre. A l'hôpital, nous avons dû soigner 10 anglais affreusement mutilés par des éclats d'obus à bord.





La nuit suivante, sur décision du roi des Belges, la plaine de l'Yser fut inondée par l'utilisation des écluses et des vannes qui régulaient la gestion de l'eau, en inversant leur fonctionnement normal. L'eau de la mer du Nord fit irruption sur la plaine flamande dont le niveau est situé sous le niveau de la mer. Une flaque d'eau d'une largeur de deux à trois kilomètres et d'une profondeur de trois à quatre pieds s'étendit alors entre l'Yser et le chemin de fer de Nieuport jusqu'à Dixmude. En conséquence, les Allemands partirent se réfugier sur la rive droite du fleuve.
On entendait le canon tonner sans discontinuité, c'était l'escadre anglaise et française qui gardait la côte.

Le 2 novembre, le président de la République Poincaré est venu à Dunkerque pour s'entretenir avec le roi Albert Ier et avec le général Foch.





Ce jour-là, j'ai été affecté à l'Hospice civil de Rosendaël,  le HB n°32 bis, situé 92 route nationale, qui fonctionnait depuis le 9 août 1914, avec une capacité d'accueil de 300 lits.





Au début du mois de novembre, j'ai pu visiter le navire-hôpital "la Bretagne" sur lequel je devais embarquer des évacués, ainsi que le transatlantique "Rewa", navire anglais emménagé pour blessés, avec une installation merveilleuse de confort et d'agrément, qui possédait le chauffage central.
Le 3 novembre, nous avons eu encore 96 blessés entrants à l' hôpital. Ils appartenaient tous à la 32ème division du 16ème corps d'armée. J'ai ainsi pansé Roux, Lapoissier et le sergent Cathala. Cela m'a permis de prendre des nouvelles de quelques connaissances mazamétaines dont Bouteiller et Walter Huc.

Valérie Sénégas

Mais les nouvelles concernant mon beau-frère Albert Azéma restaient très vagues. Albert s'était marié le 16 juin 1914 avec Valérie, la sœur de ma femme. Il était parti au front et depuis plus d'un mois, Valérie n'avait aucune nouvelle et était fort inquiète, comme Louise pour moi.





Les "tauben" continuaient à lancer des bombes. Le 6 novembre, un bombardement dans un champ où un tas de fumier était disposé, resta sans effet. Deux jours après, deux bombes tombaient à côté de la mairie faisant deux victimes, une fillette de huit ans et une jeune femme de trente ans. L'hospice continuait à accueillir de nombreux blessés, assez sérieusement atteints, mais, le 8 novembre,  il n'y avait presque plus d'entrants et il fut évacué pour que le personnel ne se consacre qu'aux soins des fiévreux, en général typhiques. La fièvre typhoïde faisait des ravages depuis quelques jours. J'avais moi-même eu une forte crise d'entérite, qui m'avait cloué au lit toute une journée, mais, heureusement, après ce repos et une mise au régime, j'étais rétabli.

Le 9 novembre, l'abbé Vindevogel, un jeune prêtre courageux, ayant fait preuve d'un grand sang-froid devant les uhlans allemands, cavaliers armés d'une lance, nous fit le récit de ce qu'il avait vécu dans la nuit du 24 août à Somain, commune minière du Nord :
"Ce jour-là, une pluie de bombes s'abattait sur la ville, occasionnant de gros dégâts. Des territoriaux de faction ouvrirent le feu, ce qui déchaîna la rage des uhlans.Ceux-ci s'en prirent aux civils dans les rues ou devant leur maison. Ils les ont tués ou blessés à coups de lance. Les Somainois fuyaient la ville dans le désordre le plus complet. Le massacre allait tourner à l'extermination de la population. Sachant parler allemand, je me  suis décidé à aller rencontrer les officiers commandant le détachement pour leur expliquer que la fusillade n'était pas le fait des civils mais des militaires en service. Je suis arrivé à les convaincre et cette tuerie cessa."

Le 11 novembre, la ville de Dixmude, en feu, repassa aux mains des Allemands. Les défenseurs durent repasser sur la rive gauche de l'Yser, et se contenter de tranchées ne dépassant pas un mètre de profondeur, à cause de la proximité de la nappe d'eau. Après trois semaines de combats, avec de sanglants corps à corps à la baïonnette ou au couteau, les pertes ont été effroyables des deux côtés : 10000 morts et 4000 blessés pour l'ennemi, 3000 marins morts ou hors de combat dont 698 prisonniers ou portés disparus chez les défenseurs.
3 divisions de cavalerie, cuirassiers et goumiers, avaient été faits prisonniers. Concernant les 2000 tirailleurs sénégalais engagés dans cette bataille, seuls 411 ont survécu.

Je fus affecté dans un nouveau service de l'hôpital. Ce service dirigé par le docteur Debeyre, me fit une mauvaise impression. Des opérations très lourdes y étaient pratiquées :  Avec Delanghe, j'ai tenu un opéré des deux jambes, puis un officier a été amputé d'une jambe. Une opération de l'appendicite a été pratiquée.
Nous faisions absorber aux blessés de grandes quantités d'alcool, avant ces opérations traumatisantes, même pour les soignants. Toute une pharmacopée vit le jour dès le début du conflit, à l'arrivée des premiers blessés. Pour combattre la douleur, des injections de morphine, des comprimés d'opium et d'antipyrine  étaient utilisés tous les jours. L'importation de l'aspirine des laboratoires allemands Bayer étant devenue impossible, les laboratoires pharmaceutiques français produisaient ce médicament sous le nom d'antipyrine. La digitaline, l'adrénaline et l'arnica permettaient le traitement des états de choc. Enfin, en ce début de guerre, le nitrate d'argent et le violet de méthylène étaient les antiseptiques les plus utilisés.

Le 13 novembre, je dus à mon tour me faire opérer de la main droite par le docteur Debeyre, ce qui nécessita un congé jusqu'à ma guérison.
Profitant de ma liberté pendant cette pause forcée, lors de mes promenades, je vis un train blindé en gare de Dunkerque, avec 18 wagons et des canons 240. Je me rendis à Saint-Pol-Sur-Mer et vit au fort Mardick, 6 canons 240 et 4 canons 155, au fort Ouest, 6 canons 320, puis au fort de Petite-Synthe,10 canons 155.
Je visitais aussi le sanatorium de Zuydcoote, bel établissement situé en bord de mer, avec une capacité de 1500 lits dont 1300 étaient occupés. Pour prendre en charge les nombreux cas d'épidémies de typhus, de rougeole et de scarlatine qui sévissaient depuis la fin octobre, le docteur Beigneux, lieutenant colonel, chef du service de la santé publique, venait de décider d'ouvrir un service spécial dans cet hôpital.  J'en profitais pour voir le fort de Zuydcoote et me promener sur la belle plage de Malo-terminus.  

Le 14 novembre, Roulers, ville belge nommée aujourd'hui Roselaere, fut prise.
Suite aux inondations dans la plaine de l'Yser, Dunkerque n'avait plus rien à craindre et une tentative de l'ennemi d'ébranler nos lignes pour pouvoir gagner Calais, avait été stoppée près d'Ypres, par des unités françaises et britanniques. Beaucoup de soldats allemands participant à cette bataille étaient des jeunes étudiants engagés volontaires, 25000 trouvèrent la mort sous les tirs de soldats britanniques beaucoup plus expérimentés. Cette tuerie est appelé en Allemagne, le "kindermord", le massacre des enfants. Voyant que l'objectif d'atteindre Calais devenait à son tour impossible, les Allemands détruisirent Ypres et ses merveilles architecturales.

Je rencontrais le 17 novembre des connaissances de ma région natale, à Malo-les-Bains : le docteur Raspide, Carmes, Maurel et Cambefort.

le monument aux morts de Mazamet 

C'est ainsi que j'appris avec tristesse le décès de  mon beau-frère Albert Azéma. Il n'avait que 24 ans. Il avait été tué à l'ennemi le 24 septembre, au bois de la Hazelle, à Manonvillers, en Meurthe et Moselle, lors d'un violent bombardement. Il avait le grade de caporal et  appartenait au 53ème régiment d'infanterie. L'artillerie avait tenté, en vain, d'incendier le bois et le bilan était de 4 tués et 13 blessés dont un sous-officier.




Son nom est gravé sur le monument aux morts de Mazamet, sa ville natale.



Ma belle-sœur Valérie Sénégas se retrouvait veuve de guerre, à 22 ans, 3 mois seulement après son mariage.
Valérie veuve




La pension allouée à une veuve de caporal tué à l'ennemi était de 675 francs par an, bien maigre compensation comparée à son immense chagrin.








Ce jour-là, je reçus 10 lettres. La franchise postale pour les soldats et leur famille avait été décrétée dès le 3 août et on m'avait remis gratuitement des cartes de correspondance pré-imprimées. Le service de la trésorerie et poste aux armées avait été créé, afin d'organiser l'acheminement du courrier et de garder le secret sur la localisation des régiments.






Nous échangions aussi des cartes postales. Celles-ci étaient contrôlées et tamponnées par le médecin chef du service de santé avant d'être postées.







Je recevais ainsi des nouvelles de ma famille, ma femme était soucieuse mais elle et nos deux enfants étaient en bonne santé ainsi que le reste de la famille.

Jean et Yvonne


















Au mois d'octobre, j'avais aussi reçu une carte de Lyon, de l'adjudant Bergouniou, qui était à l'ambulance de la 9ème et attendait aussi son départ pour le front.




Le froid commençait à se faire sentir et le 18 novembre, il neigeait. Heureusement, ma femme Louise qui savait bien tricoter, m'avait envoyé un paquet avec des chaussettes et un passe-montagne en laine de pays.






Pendant deux jours, le canon a tonné du côté de Furnes.

Le 20 novembre, j'ai appris par une dépêche datée du 15 novembre que ma nomination en tant qu'officier d'administration de troisième classe du service de santé était parue le 11 du même mois au journal officiel.
Bouteille Pernod 1914



Il ne me restait plus qu'à fêter cet évènement et tenter d'oublier la morosité de cette longue et dure période loin des miens, avec une bouteille de Pernod que j'avais dégotée dans la journée. C'était de l'absinthe, encore appelée "la fée verte". Cette boisson anisée contenait de la thuyone qui , à très forte dose, pouvait entraîner des convulsions et d'importants problèmes rénaux. Un décret venait d'interdire sa vente dans les lieux publics.





Le lendemain, un samedi, avec regret, j'ai raté l'auto qui aurait pu me conduire à Cassel rejoindre mes amis Barthe et Pouzenc. C'est à Cassel que le général Foch  et l'armée britannique avaient établi leur quartier général. Mais j'ai rencontré par hasard Dessenantes, un ami connu à Alger durant mon service militaire en 1906. Comme moi, il venait d'être nommé officier. Nous avions beaucoup de choses à nous raconter et nous avons passé le week-end ensemble. Le lundi, je suis retourné aux forts de Mardick et de Petite-Synthe avec Aussenac. Le mardi, j'ai finalement pu voir Barthe et Pouzenc qui transportaient les marins sur le front. Ceux-ci avaient été relevés, avec la promesse de se reposer pendant 15 jours.

Le 25 novembre, au 117ème jour de guerre, une violente canonnade réalisée par la marine anglaise contre les Allemands se fit entendre sur le littoral du côté de Nieuport. Pendant ce temps, dans le Pays de la Vistule situé aujourd'hui en Pologne, se déroulait la bataille de Łódź. les Russes avaient fait 12000 prisonniers allemands et autrichiens à Kutno en trois jours et la situation de deux corps d'armée allemands semblait compromise. La cinquième armée impériale allemande s'était arrêtée en pleine forêt d'Argonne où elle avait creusé des tranchées et, depuis le mois d'octobre, dans le bois de la Gruerie, se déroulaient des combats acharnés, des assauts meurtriers et des contre-attaques sans répit.

Dès le 26 novembre, je trouvais une nouvelle chambre, rue du Milieu à Rosendaël, chez Monsieur Van Loo, d'une bienveillante sympathie. Je lui donnais un colis de châtaignes que ma famille m'avait fait parvenir d'Albine.

Le lendemain, je recevais l'ordre de la 16ème région de me rendre d'urgence, à la disposition du commandant de la Place de Rodez. J'ai demandé d'être maintenu à ma formation, au front. Deux ordres impératifs suivirent et au troisième, je fus obligé d'obtempérer.





 Je fis des courses effrénées pour me procurer ma tenue d'officier : vareuse, faux-col en cellulose, pantalon, képi avec jugulaire, pantalon satin, pantalon coupé en culotte, ceinturon, porte-mousqueton, étui de révolver, 2 étoiles à 10 branches, révolver, épée, capote transformée, le tout pour environ 150 francs.



Les officiers d'administration du service de santé portaient une étoile à 10 branches au col et au képi.










Le 2 décembre, la victoire russe entre les deux rivières, la warta et la vistule, était signifiée par oriflamme, au bout de la tour de l'hôtel de ville.

Le 3 décembre, je touchais mes indemnités, soit 1008.60 francs.

J'organisai une réunion avec quelques amis, Debeyre, Boulet, Leduc et Blomme, pour fêter mon départ.

Le 4 décembre 1914, je quittai Dunkerque, après deux mois de guerre passés à quelques kilomètres du front. J'allais me rapprocher de ma famille. J'ignorais ce que nous réservait l'avenir, mais après avoir été confronté aux  horreurs générées par la bataille de l'Yser, je souhaitais que cette guerre cesse au plus vite et je savais que ce passage, en tant qu'infirmier militaire, dans cette ville du Nord, resterait à jamais gravé dans ma mémoire.

dimanche 29 décembre 2013

*6* A destination de Dunkerque, début octobre 1914.

En août 1914, commencèrent les batailles de mouvement.

Les soldats français ont participé aux offensives, en Lorraine et en Alsace. Le 8 août, les troupes françaises entraient à Mulhouse, qui tombait aux mains des allemands, deux jours plus tard.
Le 11 août, la France déclarait la guerre à l’Autriche-Hongrie.
Le 20 août, nos progrès en Lorraine furent enrayés par l'ennemi.
Le 23 août, la France perdit la bataille des frontières.
Le 25 août, nous nous repliâmes sur le Grand Couronné de Nancy et au Sud de Lunéville.

L'armée belge se défendit héroïquement.  Le fort de Flémalle fut le dernier des douze forts composant la position fortifiée de Liège, à subir les bombardements allemands. Ce fort tomba le 17 août, et l' armée belge se replia sur Anvers.
Les Allemands occupèrent Louvain, puis la capitale.

Une rencontre de l'armée française et de l'armée britannique eut lieu du 21 au 23 août, sur la Sambre,  de Mons à Charleroi. Ces armées durent se replier et battre en retraite, jusqu'au marais de Saint Gond, au Sud de la Marne.

positions des différentes armées au 23 août 1914
source : Sambre-Marne-Yser.be

Pendant ce temps, les Allemands se ruaient en avalanche sur le camp retranché de Paris que Galliéni avait juré de défendre jusqu'au bout.  L'aile droite ennemie, sous les ordres de Von kluck, chercha à envelopper notre aile gauche. Elle était le 2 septembre, à Creil et à Chantilly.

Dans la nuit du 2 septembre, le gouvernement français quittait Paris menacée par l'avancée allemande et se retirait à Bordeaux, laissant la capitale sous le gouvernement militaire du général Galliéni.

Le 4 septembre, l'armée allemande occupait Reims.
Le 5 septembre, Galliéni et Maunoury gagnaient la bataille de l'Ourcq* contre l'armée de Von Kluck. 
* L'Ourcq est une petite rivière qui se jette dans la Marne aux environs de Meaux.

 général Joseph Galliéni
         source : wikipédia            




  général Alexander Von Kluck
source : wikipédia
            général  Michel Maunoury (wikipédia)           












 général Joseph Joffre
source : wikipédia

Le 6 septembre,  Joffre proclamait :

" Au moment où s'engage une bataille dont dépend le salut du Pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière. Tous les efforts doivent être employés à attaquer et repousser l'ennemi. Toute troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée. "

Il s'en suivit une offensive générale.


Lors de cette bataille, la réquisition de taxis parisiens fut organisée par le général Galliéni, pour acheminer les troupes,  afin de contrer l'avancée allemande. 3000 Poilus, serrés comme des sardines, à quatre ou cinq par taxi, avec leur barda, ont ainsi été transportés depuis les Invalides jusqu'aux lignes de front, situées à une centaine de kilomètres.
Le 12 septembre, la bataille de la Marne était gagnée. Les Allemands s'établirent sur l'Aisne et en Champagne.

Du 14 au 28 septembre, il y eut la bataille de l'Aisne durant lesquelles les attaques française et britannique ne sont pas arrivées à repousser l'ennemi. Cette partie du front s'est stabilisée en s'enterrant dans les tranchées.

carte anglaise montrant les batailles de la "course à la mer" à l'automne 1914
source : wikipédia



Puis, du 19 septembre au 15 octobre,  ce fut la "course à la mer" entre les armées allemande, française et britannique. Les Allemands cherchaient à atteindre Dunkerque, Boulogne et Calais.
Début octobre, l'armée française tenta d'empêcher l'ennemi de se déplacer vers la Manche. Les Allemands prirent Douai et les Français se retirèrent sur Arras.
Puis, Lille fut occupé par l'ennemi, après un siège qui dura du 3 au 13 octobre, et un intense bombardement. Le 10 octobre, commençait la bataille de La Bassée et le 13 octobre, la bataille d'Armentières. 






Les Allemands s'établirent sur l'Yser, petit fleuve côtier qui s'écoule vers la mer du Nord, en traversant les Flandres française et belge.


C'est à cette période que j'ai rejoint  le Nord de la France.
premier carnet de guerre

 J'avais emporté avec moi un petit carnet sur lequel j'avais écrit, au crayon, le journal de mon voyage. Ce carnet, rempli au jour le jour, allait être suivi de plusieurs autres, précisant mes déplacements, mes affectations, mes sentiments, mes rencontres tout au long de ces quatre longues années de conflit.

première page de mon carnet










Le 5 Octobre, un détachement sanitaire de la 16ème section d'infirmiers militaires dont je faisais partie, était constitué à Perpignan, avec 112 hommes, 6 sergents et 4 médecins auxiliaires.

Partis le 8 octobre à 22 heures de Perpignan, nous étions à Bordeaux le lendemain, vers 23 heures.






Le 11 octobre, nous embarquions, quai de bacalan, à bord du "Gard" de la CGT (compagnie générale transatlantique), à destination de Dunkerque. A midi, nous levions l'ancre. 120 hommes de la première section dont 1 médecin auxiliaire et 6 sergents, environ 250 infirmiers, sous le commandement d'un médecin auxiliaire major de première ligne, 113 artilleurs ou ouvriers d'artillerie dont 1 caporal, 1 lieutenant et 9 sous-officiers, prenaient la mer avec nous.


Notre bâtiment était un petit vapeur de 97 mètres  transportant surtout des marchandises, filant à 12 noeuds, à sa vitesse maxima sans charge de marchandises.
Nous avions 615 miles à parcourir, ce qui devait nous prendre 50 heures. Mais, suite aux ordres et demandes reçues en cours de route, la traversée dura 73 heures.

A 17 heures, nous avions remonté l'embouchure de la Gironde, et nous étions en vue de Royan.
Le lendemain, à 11 heures, en vue de Penmarc'h, je pris mon repas mais me couchais tout de suite après, car la mer était mauvaise. Quelques camarades se firent excuser. Je me levais à 16 heures, montais sur le pont pour assister aux signaux que faisait notre bateau à un bateau de guerre français du port de Brest, qui lui demandait des renseignements au sujet de notre voyage. Pendant ce temps, il se rapprocha de nous. Les réponses jugées sans doute satisfaisantes, on se salua et on put continuer notre marche. La mer restant agitée, il y avait beaucoup de malades.
Beachy-Head
source : wikipédia

Le 13 octobre, à 7 heures du matin, en face de Cherbourg, nous avons mis le cap sur l'Angleterre, et à 16 heures, nous étions en vue de Beachy-Head. Une heure après, on entrait dans le Pas-de-Calais.
A 18 heures, après un échange entre notre capitaine et un pilote venu du petit port anglais de Dungeness, promontoire situé sur la côte du Kent, nous stoppions jusqu'au matin.


Le Lady Brassey
source : tynetugs.co.uk

Le 14 octobre, à 8 heures du matin, nous avons repris notre marche, vers Douvres, où nous sommes arrivés vers 12 heures.
A l'entrée du port de Dover, le bateau de surveillance "Lady Brassey" nous a approchés. Après parlementation avec notre capitaine, et deux heures de manœuvres faites dans la rade de Douvres, nous avons repris la route de Dunkerque vers 15 heures.



Cap Gris Nez

A 16 heures, en face du Cap Gris Nez, nous fûmes accosté par "l'escopette", un torpilleur qui comme tous les autres nous questionna : "D'où venez-vous? Où allez-vous? Que portez-vous?".

L'escopette
source : navires 14-18.com


A 17 heures, le patrouilleur "le Calaisien" nous trouva également et vers 18 heures 30, nous rentrions dans le port de Dunkerque, après avoir au préalable été escorté par 4 torpilleurs.
Le lendemain, réveillés à 5 heures, nous avons pris notre café à bord.



Ce jeudi 15 octobre 1914, à 7 heures du matin, je débarquais dans le port de Dunkerque, à plus de 1000 km de ma famille, après 4 jours et 4 nuits d'une traversée mouvementée.










jeudi 19 décembre 2013

*5* Mobilisé en août 1914, à la 16ème SIM à Perpignan.


L'Allemagne avait une folle ambition, elle prétendait à la domination universelle.
Ce rêve monstrueux était celui de la Cour, de l'armée, de l'Université, des gens d'affaires, et de la grande majorité des travailleurs.
Le Kaiser Guillaume II se disait chargé par la Providence de régénérer le Monde.
Le 28 juin 1914, l'archiduc héritier d'Autriche, François Ferdinand, fut assassiné à Sarajevo, capitale de la Bosnie. En 1908, l'Autriche avait annexé Sarajevo contre tout droit, alors que cette capitale était revendiquée par la Serbie, état slave.
L'Autriche avait adressé un ultimatum humiliant à la Serbie. Cependant, sur les conseils de la Russie et de la France, la Serbie avait accepté presque toutes les conditions.
Des propositions d'arbitrage, par commission internationale, avaient été faites par le tsar Nicolas, la France et l'Angleterre, aux alliés, Allemagne et Autriche- Hongrie, qui les avaient repoussées.
Par prudence, la Russie dut mobiliser le long de la frontière austro-hongroise.

L'Allemagne déclara la guerre à la Russie, le 1er août 1914, puis à la France le 3 août 1914.
La Belgique fut sommée de livrer passage sur son territoire aux armées du Kaiser. Le roi Albert opposa un refus formel. La Prusse avait garanti l'indépendance et la neutralité de la Belgique par un traité appelé "chiffon de papier" par le chancelier allemand.
Le gouvernement britannique, soucieux de faire honneur à sa signature, déclara la guerre à l'Allemagne le 4 août 1914. Le même jour, il y eut violation de la Belgique.
Au début du conflit, les allemands, les austro-hongrois, les turcs et les bulgares avaient pour adversaires la France, la Russie, l'Angleterre et la Serbie. Plus tard, le monde entier fut bouleversé.

Source de la photo : wikipédia






Le 31 juillet, Jean Jaurès, homme politique originaire du Tarn, socialiste qui consacrait toute son énergie à empêcher le déclenchement de la guerre, avait été assassiné à Paris, rue Montmartre, au café du croissant, par Raoul Villain, nationaliste, partisan de la guerre.






L'église d'Albine





C'est à Albine que nous avons entendu les cloches
sonner le tocsin.






Des affiches annonçant l'ordre de mobilisation générale ont été placardées dans notre commune. Je devais organiser mon départ.

Le texte suivant, signé du Président de la République Raymond Poincaré élu en janvier1913 par l'Assemblée nationale, et de tous ses ministres, était aussi affiché :

 "Depuis quelques jours l'état de l'Europe s'est considérablement aggravé. En dépit des efforts de la diplomatie, l'horizon s'est assombri. A l'heure présente, la plupart des nations ont mobilisé leurs forces. Même les pays protégés par leur neutralité ont cru devoir prendre cette mesure à titre de précaution. Des puissances dont la législation constitutionnelle ou militaire ne ressemble pas à la nôtre, sans avoir pris un décret de mobilisation ont commencé et poursuivent des préparatifs qui équivalent en réalité à la mobilisation même et qui n'en sont que l'exécution anticipée. La France qui a toujours affirmé ses volontés pacifiques, qui a dans les jours tragiques donné à l’Europe des conseils de modération et un vivant exemple de sagesse, qui a multiplié ses efforts pour maintenir la paix du monde, s'est elle-même préparée à toutes les éventualités et a pris, dès maintenant, les premières dispositions indispensables à la sauvegarde de son territoire. Mais notre législation ne permet pas de rendre ses préparatifs complets s'il n'intervient pas de décret de mobilisation. Soucieux de sa responsabilité, sentant qu'il manquerait à un devoir sacré s'il laissait les choses en l'état, le Gouvernement vient de prendre le décret qu'impose la situation. La mobilisation n'est pas la guerre. Dans les circonstances présentes, elle apparaît au contraire comme le meilleur moyen d'assurer la paix dans l'honneur. Fort de son désir d'aboutir à une solution pacifique de la crise, le Gouvernement, à l'abri de ces précautions nécessaires, continuera ses efforts diplomatiques. Il espère encore réussir. Il compte sur le sang-froid de cette noble nation pour qu'elle ne se laisse pas aller à une émotion injustifiée. Il compte sur le patriotisme de tous les Français et sait qu'il n'en est pas un seul qui ne soit prêt à faire son devoir A cette heure, il n’y a plus de partis, il y a la Patrie du droit et de la justice, toute entière unie dans le calme, la vigilance et la dignité."

Source : Larousse
La mobilisation, à la Une du quotidien régional

C'est ainsi que le 8 août 1914, j'ai été mobilisé . Je faisais partie des 2 200 000 hommes de la réserve parmi les 2 900 000 qui devaient rejoindre les dépôts. Le transport, gratuit, devait se faire par voie ferrée, en tenue civile. Il nous  était conseillé d'emporter deux chemises, un caleçon, deux mouchoirs et une bonne paire de chaussures, des vivres pour un jour, et d'avoir les cheveux courts.

Photo prise par Bourguignon, le 2 août 1914 : un groupe de Mazamétains mobilisés
Photo prise par Bourguignon : la population Mazamétaine salue à la gare les mobilisés
Le général Taverna
source : military-photos.com





Je suis arrivé le 8 août au dépôt de Perpignan, à la 16ème section d'infirmiers, en tant que sergent.
Cette section était rattachée au 16ème Corps d'Armée qui était installé à Montpellier et qui avait pour chef le général Taverna.

Ce corps d'armée venait d'être mis sur pied par la 16ème région militaire.
Il entrait dans la composition de la IIème armée, surnommée "armée de Dijon", et il avait été constitué avec les vignerons de l'Hérault et les montagnards des Cévennes. La IIème armée avait été créée le 2 août, en application du plan XVII, le 17ème plan depuis la fin de la guerre de 1870. Ce plan consistait à avancer vers l'Alsace et la Moselle, pour reconquérir les territoires perdus en 1870 . La IIème armée était le fer de lance de l'offensive française pour libérer la Lorraine et pénétrer en Allemagne.




Son commandant, le général de Curières de Castelnau, était surnommé "le capucin botté" pour son catholicisme exalté. C'était un des principaux collaborateurs du général Joffre dans la préparation de la guerre.






A l'arrivée au dépôt, on m'a donné mon uniforme :  képi,  veste, capote,  pantalon,  bretelles,  chemise, cravate, caleçon, guêtres, chaussettes, brodequins à clous, ceinturon, cartouchières, porte-épée baïonnette.
J'ai du mettre à mon cou une plaque d'identité ovale, en aluminium portant mon nom, mon prénom, ma classe, ma subdivision et mon matricule.
Puis, on m'a remis havresac,  musette,  bidon, peigne,  mouchoirs,  boîte à graisse,  brosse, savon, trousse à couture, pansements, gamelle, cuillère, fourchette et quart.

Ma formation comprenait 33 hommes, dont deux sergents, Monsieur Pierre Cormouls et moi. L'officier qui la commandait était un jeune instituteur du Tarn. Il nous avait reçu comme de vrais camarades. Très vite, on nous a informé que nous devrions nous rendre à Lunel pour partir le 15 août vers l'Alsace, derrière les armées de L'Est,  avec un groupe de brancardiers de la 66ème division. Quoique assez près des combats, je  restais confiant et pensais que ce ne serait pas très dangereux.



En fait, contrairement à d'autres soldats de cette section d'infirmiers, je suis resté à Perpignan.

Un groupe de 120 brancardiers de la 45ème division marocaine, constituée à Oran le 19 août 1914 à partir d'effectifs provenant d'Algérie, du Maroc et de la 16ème région, devait arriver à Narbonne le 27 août, avec du matériel et des chevaux. Après la traversée de la Méditerranée, ils devaient débarquer à Cette et rejoindre Narbonne.
Cette division était commandée dès le 26 août par le général  Antoine Drude.
J'ai été envoyé  à Narbonne le 23 août pour fonctionner avec eux, avant leur départ pour Paris. Mais, c'était une erreur et nous avons été ramenés le 5 septembre à Perpignan.

Nous sommes restés cantonnés à l'Eldorado. J'y ai fait la connaissance de Capestan qui a été un peu plus tard affecté à la réserve du personnel sanitaire numéro 16, dans les trains sanitaires, à Aubervilliers, où il avait pour adresse158 rue de la Goutte d'Or.



Il y avait aussi parmi nous E.Escande 
qui avait dû, ensuite, à son tour,
 partir pour Castres.

E.ESCANDE



J'étais resté en contact avec mon
ami Antoine Sin de Cerbère, ville très proche de Perpignan. Il était devenu sergent le 6 août 1910 et, au retour du service militaire, il avait été affecté spécial comme employé de la Compagnie des chemins de fer du Midi. A la mobilisation générale, il avait été affecté d'office au 53ème Régiment d'Infanterie.








J'avais laissé ma petite famille, Louise, Yvonne et Jeannot, à Albine. Louise était inquiète et me demandait de lui donner souvent de mes nouvelles.
Heureusement, nous pouvions échanger quelques cartes postales et j'étais content de les savoir en bonne santé.

 
Albine, place de l'Ormeau.
                     Le travail continuait à la grande usine seulement.
              Durant l'été, le manque d'eau, la chaleur qui risquait de 
                   "piquer" les cuirs, mettaient les usines au ralenti. 

   La foire du 18 août n'était pas brillante, vu les circonstances. 
Un jour de foire, à Albine

Début septembre, l'usine devait arrêter le travail, beaucoup d'ouvriers devaient partir aux vendanges.
Le 16 septembre, Louise envisageait de me rendre visite à Perpignan avec les enfants, avec un arrêt à Carcassonne chez Madame Mercier.


Albine, le lavoir, avenue de Saint-Amans


Le 23 septembre, j'ai obtenu une permission de 6 jours et j'ai pu rejoindre ma famille dans le Tarn avant de retourner à Perpignan le 30 septembre. Quel bonheur de retrouver pour quelques jours les miens,  après ce long mois et demi d'absence !






Mon frère René, de la classe 1915, travaillait encore au Sénégal, et, âgé de 19 ans, n'avait pas encore fait son service militaire.
Notre cousin Elie Raynaud, de la classe 1916, était dans le même cas. Il travaillait comme René au Sénégal.




Pendant ce temps, mes amis connus au service militaire à Alger vivaient, en d'autres lieux, la même aventure. Joseph Arnaud avait rejoint le 3 août, la 15ème section d'infirmiers-brancardiers au dépôt de Marseille. Puis, il avait rejoint en Moselle, le groupe de brancardiers divisionnaires du 15ème Corps d'Armée. Ce corps  appartenait aussi à la IIème armée du général de Castelnau, et était commandé par le général Espinasse.
Le général Espinasse
source : provence 14-18.org
 Le 13 août, l'ordre d'attaquer et d'envahir la Lorraine avait été donné par le général de Castelnau. Lors de la bataille de Mohrange, le 20 août 1914, le 15ème Corps d'Armée montra quelques défaillances individuelles. Le général  Joffre fit alors replier ce corps, en l'accusant de ne pas avoir tenu sous le feu et d'avoir été la cause de l'échec de l'offensive française. Le ministre de la guerre prit alors des mesures de répression immédiates et impitoyables. Plusieurs soldats furent fusillés pour abandon de poste par mutilation volontaire, sans instruction ni interrogatoire préalables. Le journal "le Matin" en profita pour taxer, de façon calomnieuse, les Poilus provençaux de lâche, de façon très maladroite, générant chez eux, un sentiment de grande injustice. Le général Espinasse avait perdu, dans ces deux jours de combat acharné qualifié plus tard d'holocauste par les survivants,  9800 hommes et 180 officiers. En 10 jours, 12846 hommes du 15ème Corps d'Armée s'étaient retrouvés hors de combat. L'attaque française en Lorraine avait été un échec.
Ce 20 août 1914, Joseph fut fait prisonnier à Dieuze et on l'incarcéra en Bavière, au camp de Landshut.


Je restais à Perpignan, loin du front, jusqu'au 8 octobre 1914